
La création d’un contrat de vente unique et conforme pour l’ensemble du Canada ne consiste pas à trouver des « mots magiques », mais à instaurer un processus opérationnel sensibilisé au bijuridisme.
- Les différences clés, comme la « bonne foi » et les règles de protection du consommateur, ne sont pas de simples théories juridiques ; elles créent de réels risques financiers et réputationnels s’ils sont ignorés au Québec.
- La traduction littérale de concepts juridiques peut se retourner contre vous ; un « trust » en Ontario n’est pas la même chose qu’une « fiducie » au Québec, ce qui entraîne des conséquences importantes en matière de responsabilité.
Recommandation : Une stratégie nationale harmonisée nécessite l’intégration de connaissances juridiques spécifiques au Québec — soit par le biais d’un conseiller régional, soit par une formation spécialisée — au sein de vos opérations de vente et de vos services juridiques centraux.
En tant que directeur national des ventes au Canada, la quête d’efficacité est constante. Vous voulez un contrat de vente standardisé, un seul ensemble de règles pour votre équipe et un processus simplifié d’un océan à l’autre. Pourtant, dès que vos opérations touchent le Québec, un objectif apparemment simple devient complexe. Le refrain habituel est que le Québec utilise le droit civil, tandis que le reste du Canada, y compris l’Ontario, fonctionne sous la Common Law. C’est vrai, mais c’est un truisme peu utile. Cela vous indique qu’il y a un problème sans en expliquer l’impact tangible sur votre entreprise.
De nombreux dirigeants s’arrêtent là, soit en maintenant deux ensembles de contrats coûteux et inefficaces, soit, pire encore, en utilisant un contrat de Common Law unique au Québec en espérant que tout se passe bien. Cette approche expose l’entreprise à des risques importants, allant de clauses inapplicables à des amendes réglementaires et à des relations clients dégradées. Le défi ne réside pas seulement dans les lois différentes ; il s’agit d’une philosophie juridique fondamentalement différente qui façonne tout, des négociations précontractuelles à la manière dont une sûreté pour un prêt est enregistrée.
Mais et si la solution n’était pas de considérer ce système bijuridique comme un problème juridique à résoudre, mais comme une réalité opérationnelle à gérer ? La clé est de dépasser les différences abstraites pour se concentrer sur leurs conséquences pratiques pour votre processus de vente, la formation de votre équipe et le risque financier de votre entreprise. Il ne s’agit pas de devenir avocat, mais de devenir un chef d’entreprise stratégiquement informé, capable de poser les bonnes questions et de bâtir un cadre contractuel national résilient.
Ce guide propose ce cadre stratégique. Nous décortiquerons les distinctions critiques qui importent le plus pour un directeur des ventes, en passant des concepts fondamentaux qui piègent la plupart des entreprises aux mesures concrètes que vous pouvez prendre pour protéger votre entreprise et responsabiliser votre équipe de vente dans les deux traditions juridiques.
Sommaire : Guide du directeur pour les contrats nationaux au Canada
- Pourquoi la « bonne foi » a-t-elle une signification différente à Montréal qu’à Toronto ?
- Comment la législation fédérale s’adapte-t-elle pour inclure la terminologie du droit civil et de la Common Law ?
- Équipes juridiques centralisées ou régionales : qu’est-ce qui fonctionne le mieux pour une entreprise nationale bijuridique ?
- L’erreur de traduction dans les contrats qui peut modifier la responsabilité juridique au Québec
- Comment former votre équipe de vente aux nuances de la protection du consommateur dans un marché bijuridique ?
- Pourquoi opérer au Québec nécessite-t-il une stratégie juridique distincte du reste du Canada ?
- Pourquoi un acte notarié au Québec constitue-t-il une preuve plus solide qu’un acte sous seing privé ?
- Comment naviguer dans le système unique de l’« hypothèque » pour garantir des prêts au Québec ?
Pourquoi la « bonne foi » a-t-elle une signification différente à Montréal qu’à Toronto ?
Le concept de « bonne foi » est peut-être la différence la plus critique et la plus mal comprise entre le droit civil du Québec et la Common Law de l’Ontario. En Ontario, l’obligation de bonne foi, telle qu’établie dans des arrêts comme Bhasin c. Hrynew, exige principalement l’honnêteté dans l’exécution d’un contrat. Cela signifie que les parties ne doivent pas mentir ou induire sciemment l’autre partie en erreur sur des questions contractuelles. Crucialement, cette obligation ne s’applique généralement pas à la phase de négociation précontractuelle.
Au Québec, l’obligation est beaucoup plus large et profonde. Ce n’est pas seulement un principe judiciaire ; c’est codifié. La bonne foi doit gouverner la conduite des parties non seulement lors de l’exécution du contrat, mais aussi au moment de sa formation et même lors de sa résiliation. En tant que principe fondamental, l’article 1375 du Code civil du Québec (CcQ) exige la bonne foi à toutes les étapes du contrat. Cela crée un devoir positif de coopération et d’information envers votre contrepartie, allant bien au-delà de la simple obligation négative de ne pas la tromper.
Pour un directeur des ventes, cela a des conséquences pratiques immenses. Imaginez une longue négociation avec un client potentiel majeur à Montréal. Si votre équipe décide de se retirer pour une raison jugée déraisonnable par un tribunal, vous pourriez être tenu responsable des frais et du temps perdu par l’autre partie. En effet, l’obligation de bonne foi s’applique tout au long du processus de négociation. Comme l’indique une analyse, plus les négociations sont avancées, plus la raison invoquée pour y mettre fin sans responsabilité doit être sérieuse. C’est un risque qui n’existe tout simplement pas de la même manière dans une négociation basée à Toronto.
Ce tableau, basé sur une analyse de Mann Lawyers, souligne les différences opérationnelles de manière claire.
| Aspect | Québec (Droit civil) | Ontario (Common Law) |
|---|---|---|
| Base juridique | Articles 6, 7, 1375 CcQ | Principes de Bhasin c. Hrynew |
| Négociations précontractuelles | Bonne foi requise | Aucune obligation générale |
| Exécution du contrat | Devoir de coopération proactif | Exécution honnête uniquement |
| Post-contractuel | Bonne foi lors de l’extinction | Application limitée |
Comment la législation fédérale s’adapte-t-elle pour inclure la terminologie du droit civil et de la Common Law ?
Bien que le droit privé (comme les contrats) soit de compétence provinciale, de nombreuses entreprises opèrent sous des lois fédérales, telles que la Loi sur les banques ou la Loi sur les sûretés mobilières. Comment le gouvernement fédéral crée-t-il des lois qui fonctionnent de manière cohérente dans deux systèmes juridiques différents ? La réponse réside dans une stratégie législative dédiée appelée « harmonisation » et dans les principes du bijuridisme.
Le gouvernement du Canada rédige activement les lois fédérales de manière à ce qu’elles soient « bijuridiques », ce qui signifie que le texte législatif unique est conçu pour avoir une signification spécifique et appropriée tant dans le contexte du droit civil que dans celui de la Common Law. Ceci est réalisé grâce à une rédaction minutieuse et à l’utilisation de « doublets » (utilisation des termes de la Common Law et du droit civil, comme « biens personnels et biens meubles ») ou de termes neutres pouvant être interprétés correctement dans chaque système.
La Loi d’interprétation est un outil clé dans ce processus. Comme l’explique le ministère de la Justice lui-même, cette loi fournit les règles de base sur la manière dont les lois fédérales interagissent avec le droit privé provincial.
Les articles 8.1 et 8.2 de la Loi d’interprétation sont des outils importants pour l’interprétation de la législation et l’interaction du droit fédéral avec le droit privé des provinces et des territoires. Les règles d’interprétation bijuridique énoncent les principes et paramètres pertinents pour l’interprétation bijuridique des textes législatifs. En particulier, ces règles confirment que le droit civil et la Common Law font également autorité et sont tous deux des sources de droit dans le contexte de la propriété et des droits civils au Canada.
– Ministère de la Justice Canada, Les fondements du bijuridisme
Pour un directeur des ventes, cela signifie que si votre contrat de vente principal est régi par le droit provincial, toute interaction avec les réglementations fédérales a déjà été envisagée sous un angle bijuridique. Cela offre un certain degré de stabilité et de prévisibilité. Cela montre que jeter un pont entre les deux systèmes n’est pas une tâche impossible, mais un processus structuré et délibéré.

Cet effort d’harmonisation garantit qu’un terme au sein d’une loi fédérale, lorsqu’il est appliqué au Québec, s’alignera sur les concepts du Code civil, et lorsqu’il est appliqué en Ontario, s’alignera sur les principes de la Common Law. C’est la preuve qu’avec une conception soignée, un ensemble unique de règles peut fonctionner efficacement dans les deux environnements.
Équipes juridiques centralisées ou régionales : qu’est-ce qui fonctionne le mieux pour une entreprise nationale bijuridique ?
L’une des plus grandes questions stratégiques pour un directeur national est de savoir comment structurer le soutien juridique. Faut-il maintenir une équipe juridique centralisée, généralement basée dans un pôle de Common Law comme Toronto, et faire appel à des conseillers externes pour les questions québécoises ? Ou faut-il intégrer un avocat qualifié au Québec au sein de votre équipe, que ce soit à distance ou dans un bureau à Montréal ? Il n’y a pas de réponse unique ; la meilleure approche dépend d’une analyse coûts-avantages ancrée dans les risques et les volumes spécifiques de votre entreprise.
Un modèle entièrement centralisé offre une efficacité perçue mais peut créer de dangereux angles morts. Un avocat de Common Law, aussi brillant soit-il, peut ne pas saisir intuitivement les nuances des dispositions d’ordre public du Québec ou la portée de la bonne foi. Cela peut entraîner des délais de révision de contrats plus longs en raison des consultations externes, ou pire, l’approbation de contrats non conformes. Les amendes pour non-conformité, par exemple avec la Charte de la langue française (OQLF), peuvent être substantielles, avec des pénalités potentielles allant jusqu’à 20 000 $ par infraction.
À l’inverse, disposer d’un avocat ou d’une équipe régionale dédiée offre une expertise immédiate et contextualisée. Cette personne peut non seulement réviser les contrats, mais aussi former de manière proactive l’équipe de vente et conseiller sur les stratégies spécifiques au marché. Bien que cela implique un coût salarial fixe, cela peut réduire considérablement les frais juridiques externes et, surtout, atténuer le coût élevé de la non-conformité. Un modèle hybride, où une équipe centralisée utilise un logiciel de gestion du cycle de vie des contrats (CLM) avec des bibliothèques de clauses spécifiques au Québec pré-approuvées, peut également être efficace, mais nécessite toujours une validation initiale par un expert québécois.
Pour prendre la bonne décision, vous devez aller au-delà des simples coûts de personnel et évaluer le risque total et les lourdeurs opérationnelles associés à chaque modèle.
Votre audit en 5 points pour structurer votre équipe juridique
- Évaluez les coûts actuels des conseillers juridiques externes au Québec, y compris les honoraires annuels et les tarifs horaires pour les révisions de contrats.
- Quantifiez votre exposition au risque de non-conformité en inventoriant tous les contrats et supports marketing destinés au Québec par rapport aux réglementations clés (ex: OQLF, Loi sur la protection du consommateur).
- Comparez le salaire complet d’un avocat interne qualifié au Québec avec vos frais actuels et projetés de conseillers externes.
- Mesurez l’impact commercial des retards en suivant le délai moyen de révision des contrats au Québec et son effet sur les cycles de vente.
- Évaluez les plans de croissance stratégique de votre entreprise pour le marché québécois au cours des 3 à 5 prochaines années afin de déterminer si le volume de travail juridique justifie une embauche interne.
L’erreur de traduction dans les contrats qui peut modifier la responsabilité juridique au Québec
Dans un contexte bijuridique, la traduction n’est pas seulement un exercice linguistique ; c’est un exercice juridique. L’erreur la plus dangereuse qu’une entreprise nationale puisse commettre est de supposer qu’une traduction directe et littérale d’un terme juridique de Common Law aura le même effet au Québec. Cela échoue souvent parce que le *concept* juridique sous-jacent n’existe pas de la même manière. Cela nécessite une « transcréation », où le rédacteur trouve l’équivalent juridique fonctionnel dans le Code civil, plutôt que la simple traduction du dictionnaire.
L’exemple classique est le concept de « trust ». Un directeur des ventes peut vouloir inclure une clause stipulant que certains fonds sont détenus « in trust ». Une traduction littérale pourrait utiliser le mot « fiducie ». Cependant, les deux concepts sont structurellement différents, ce qui entraîne des conséquences imprévues.

Il ne s’agit pas d’une simple distinction académique. Le choix des mots a un impact direct sur la propriété, l’administration et la responsabilité. L’utilisation d’un mauvais équivalent conceptuel peut rendre une clause vide de sens ou, pire, créer des obligations que vous n’aviez jamais eu l’intention d’assumer. Par conséquent, un contrat type doit être vérifié pour s’assurer que chaque concept juridique clé est exprimé en utilisant son équivalent propre au Code civil, et pas seulement une traduction française du terme de Common Law.
Étude de cas : Le piège du « Trust » vs « Fiducie »
Un contrat d’une entreprise nationale, rédigé en Ontario, stipulait qu’un dépôt serait détenu « in trust » (en fiducie) par l’entreprise pour un client. La version française du contrat a traduit cela littéralement. Lors d’un litige, l’entreprise a appris une leçon amère. En Common Law, un fiduciaire (trustee) détient le titre juridique de la propriété. En droit civil québécois, cependant, l’administrateur d’une « fiducie » ne détient jamais le titre juridique ; les biens forment un patrimoine autonome contrôlé par l’administrateur mais distinct de ses propres actifs. Cette différence fondamentale a eu un impact sur la manière dont les fonds pouvaient être gérés et sur qui supportait le risque ultime, un détail manqué par une simple traduction et soulignant le besoin d’une transcréation conceptuelle.
How to Train Your Sales Team on the Nuances of Consumer Protection in a Bijural Market?
Pour un directeur national des ventes, la conformité contractuelle n’est pas seulement une question juridique ; c’est une question d’équipe de vente. Ce que vos vendeurs disent et font sur le terrain, particulièrement au Québec, peut modifier les termes d’un contrat écrit et créer des obligations contraignantes. La Loi sur la protection du consommateur (LPC) au Québec est réputée pour sa robustesse et contient de nombreuses dispositions d’ordre public, ce qui signifie qu’on ne peut y déroger par contrat.
Former une équipe de vente nationale nécessite d’aller au-delà des scripts de vente génériques et d’inculquer une compréhension claire des règles spécifiques qui s’appliquent au Québec. Par exemple, un vendeur en Ontario pourrait dire négligemment que « toutes les ventes sont finales », une affirmation qui serait largement inapplicable pour de nombreux biens de consommation au Québec en raison des garanties légales obligatoires de qualité et d’usage. De même, une promesse verbale faite par un vendeur lors d’une présentation à Montréal peut être considérée comme une partie contraignante du contrat, même si l’accord écrit stipule le contraire.
Une formation efficace consiste à créer des règles simples, claires et non négociables pour le marché québécois. Il ne doit pas s’agir d’un séminaire juridique de trois jours, mais d’un guide pratique de ce qu’il faut faire et ne pas faire. L’objectif est de permettre à l’équipe de vente de conclure des affaires efficacement tout en respectant les limites claires fixées par le cadre juridique protecteur du Québec. Leur fournir une simple liste de contrôle peut être bien plus efficace qu’une note juridique dense.
Les points clés de conformité pour une équipe de vente au Québec incluent :
- Pas de langage « Vente finale » : Les garanties ne peuvent être exclues dans les contrats de consommation au Québec. Tous les biens doivent être propres à l’usage auquel ils sont destinés.
- Les promesses verbales sont contraignantes : Documentez toutes les promesses verbales faites pendant le processus de vente, car elles peuvent devenir des conditions contractuelles juridiquement contraignantes.
- Délais de réflexion : Soyez conscient du délai de réflexion obligatoire de 10 jours pour certains types de contrats, comme ceux conclus par des vendeurs itinérants.
- Affichage des prix : Les prix doivent être affichés de manière visible, et le prix total (incluant tous les frais, sauf les taxes) doit être clair.
- Informations obligatoires : Assurez-vous que tous les contrats de consommation contiennent les informations légalement requises en français, y compris les détails sur les droits de résiliation.
Pourquoi opérer au Québec nécessite-t-il une stratégie juridique distincte du reste du Canada ?
La raison fondamentale pour laquelle une stratégie juridique distincte est non négociable pour le Québec est que le Code civil offre un cadre complet et systématique pour toutes les questions de droit privé. Contrairement à la Common Law, qui se construit progressivement par le biais de précédents judiciaires, le Code civil est la source première du droit. Un contrat est interprété non seulement par ses propres termes, mais par la manière dont il s’insère dans l’écosystème global du Code. Cela signifie que des concepts négociables en Ontario peuvent être des dispositions d’ordre public non négociables au Québec.
Un exemple frappant est le délai de prescription. Dans de nombreuses provinces de Common Law, les parties peuvent convenir de raccourcir le délai pendant lequel une poursuite peut être intentée. Au Québec, cela n’est souvent pas possible. Le délai de prescription standard de trois ans pour la plupart des recours civils ne peut être réduit par contrat. Une clause de votre contrat national qui tenterait de fixer un délai de prescription d’un an pour tous les litiges serait tout simplement nulle au Québec, vous laissant exposé pendant les trois années complètes.
De plus, toute l’approche de l’équité contractuelle est différente. Le Code civil contient des protections contre la « lésion » (contrats abusifs ou injustes) et des règles spécifiques pour les « contrats d’adhésion » (contrats types où une partie n’a aucun pouvoir de négociation). Si votre contrat de vente national est un contrat à prendre ou à laisser présenté à une petite entreprise ou à un consommateur, il fera l’objet d’un examen beaucoup plus rigoureux par un tribunal québécois qu’en Ontario. Toute clause « abusive » qui est excessivement et déraisonnablement préjudiciable à la partie adhérente peut être annulée, même si le langage est parfaitement clair.
En fin de compte, un contrat de Common Law est souvent vu comme un univers autonome, où l’intention exprimée des parties est primordiale. Un contrat de droit civil, en revanche, fait toujours partie de l’univers codifié plus large du Code civil, qui peut et va outrepasser l’intention des parties pour protéger les principes d’équité, de bonne foi et d’ordre public. Ignorer cette distinction n’est pas un risque ; c’est une certitude de problèmes juridiques futurs.
Pourquoi un acte notarié au Québec constitue-t-il une preuve plus solide qu’un acte sous seing privé ?
Dans les provinces de Common Law comme l’Ontario, la plupart des accords sont des « écrits privés » (actes sous seing privé), signés par les parties, parfois devant témoin. Pour faire valoir un tel contrat devant les tribunaux en cas de litige, vous devez d’abord prouver sa validité : que les signatures sont authentiques et que les parties ont consenti. Au Québec, il existe une forme d’accord plus puissante appelée « acte notarié », qui offre un avantage stratégique important pour l’exécution.
Un notaire québécois n’est pas la même chose qu’un « notary public » en Ontario. Un notary public authentifie principalement des signatures. Un notaire québécois est un professionnel du droit spécialisé, un officier public qui a le devoir de conseiller toutes les parties à un acte de manière impartiale. Il doit être titulaire d’une maîtrise spécialisée en droit notarial et est expert dans la rédaction de documents juridiquement valides.
Un acte reçu « en minute » devant notaire est considéré comme « authentique ». Cela signifie que l’acte est présumé valide et que son contenu (la date, les signatures et les faits dont le notaire a été personnellement témoin) est tenu pour prouvé sans autre preuve. Pour contester un acte notarié, il faut entreprendre une procédure judiciaire difficile appelée « inscription en faux », accusant ainsi l’officier public de faux ou de méconduite. Plus important encore pour une entreprise, un acte notarié contenant une obligation claire de payer une somme d’argent est directement exécutoire. Si le débiteur fait défaut, vous pouvez procéder à la saisie et à l’exécution sans avoir à intenter d’abord une poursuite et à obtenir un jugement du tribunal. Cela peut faire gagner des mois, voire des années, de procédures judiciaires.
Ce tableau illustre la différence spectaculaire dans les délais d’exécution.
| Étape | Acte notarié (Québec) | Acte sous seing privé (Ontario) |
|---|---|---|
| Défaut de paiement | Jour 0 | Jour 0 |
| Procédures judiciaires | Exécution directe (pas de procès) | Poursuite judiciaire (30-60 jours) |
| Jugement du tribunal | Non requis | 6-18 mois |
| Début de l’exécution | Immédiat | Après le jugement |
| Délai total | 0-30 jours | 7-20 mois |
Points clés à retenir
- L’obligation de « bonne foi » au Québec est un devoir proactif qui s’applique avant, pendant et après le contrat, contrairement à l’obligation plus étroite d’exécution honnête en Common Law.
- Les droits de protection du consommateur au Québec sont souvent d’ordre public et ne peuvent être annulés par des clauses telles que « toutes les ventes sont finales », une pratique courante ailleurs.
- La traduction juridique conceptuelle (transcréation) est non négociable ; une traduction littérale de termes comme « trust » peut créer une responsabilité involontaire.
Comment naviguer dans le système unique de l’« hypothèque » pour garantir des prêts au Québec ?
Pour toute entreprise impliquant du financement ou la garantie d’actifs contre une dette, il est essentiel de comprendre le système unique des « hypothèques » au Québec. Alors que le reste du Canada utilise des systèmes de sûreté basés sur la Loi sur les sûretés mobilières (PPSA), le Québec utilise le concept d’hypothèque, régi par le Code civil. Bien que les résultats commerciaux puissent être similaires, la terminologie, le processus d’enregistrement et les mécanismes d’exécution sont distincts.
En Ontario, un prêteur pourrait prendre une « sûreté » (security interest) en vertu d’un contrat général de sûreté (GSA), qui est enregistré dans le registre PPSA. Au Québec, l’équivalent est une « hypothèque », qui peut être « mobilière » (sur l’équipement ou les stocks) ou « immobilière » (sur les biens immobiliers). Celles-ci sont enregistrées dans un système différent, le Registre des droits personnels et réels mobiliers (RDPRM). Le concept de « charge flottante » commun dans les juridictions PPSA n’existe pas de la même manière ; sa fonction est remplie par une hypothèque sur une universalité de biens.
Les recours en cas d’exécution diffèrent également. Un recours clé au Québec pour un créancier garanti est la « prise en paiement », où le créancier peut, sous certaines conditions, prendre possession du bien garanti en paiement complet de la dette. Cela est différent du « pouvoir de vente » (power of sale) plus couramment utilisé dans les provinces de Common Law. De plus, le Code civil fait de l’« exécution en nature » — forcer une partie à remplir son obligation plutôt que de simplement payer des dommages-intérêts — le recours par défaut dans les litiges contractuels, alors qu’il s’agit d’un recours exceptionnel en Common Law. Cela signifie qu’un tribunal québécois est plus susceptible d’ordonner à une partie de *faire* quelque chose (comme livrer des marchandises) que de simplement accorder des dommages-intérêts monétaires.
Pour une entreprise nationale, cela signifie que vos contrats de financement et de garantie standards doivent être adaptés. Utiliser un GSA de style PPSA au Québec est inefficace. Vous devez utiliser un acte d’hypothèque mobilière correctement rédigé, souvent sous forme notariée pour plus de sécurité, et l’enregistrer correctement au RDPRM pour garantir que vos droits en tant que créancier sont protégés et exécutoires.
La prochaine étape consiste à utiliser ce cadre pour auditer votre contrat de vente national actuel et vos protocoles de formation interne par rapport à ces réalités bijuridiques. Faire appel à des conseillers spécialisés dans les deux traditions juridiques est essentiel pour transformer cette compréhension en une stratégie de contrat national exécutoire et efficace.
Questions fréquemment posées sur la rédaction de contrats bijuridiques au Canada
Pouvons-nous appliquer une politique de « non-remboursement » au Québec ?
Non, la Loi sur la protection du consommateur du Québec prévoit des droits de garantie obligatoires auxquels on ne peut déroger, notamment les garanties légales de qualité et d’usage. Une politique de « non-remboursement » ou de « vente finale » serait jugée nulle pour la plupart des transactions de consommation.
Qu’arrive-t-il si un vendeur fait une promesse qui ne figure pas dans le contrat écrit ?
Au Québec, les représentations verbales faites lors de la vente peuvent devenir partie intégrante du contrat et sont juridiquement contraignantes, même si elles contredisent les termes écrits, particulièrement dans un contexte de consommation. C’est une différence majeure par rapport à de nombreuses interprétations de la Common Law où la clause d’intégralité du contrat écrit a plus de poids.
Les ventes en ligne sont-elles soumises à des règles spéciales au Québec ?
Oui, la Loi sur la protection du consommateur prévoit des règles spécifiques pour les « contrats à distance », qui incluent les ventes en ligne. Des informations spécifiques doivent être affichées au consommateur avant qu’il ne complète la transaction, le contrat doit être disponible en français et les consommateurs ont des droits de résiliation spécifiques.