Publié le 15 mars 2024

Protéger votre organisation contre des accusations fondées sur la Loi Westray ne consiste pas à cocher des listes de contrôle de sécurité ; il s’agit de bâtir un système de gestion proactive des risques juridiquement défendable.

  • La frontière entre une amende réglementaire et une condamnation criminelle est mince, avec des conséquences graves pour l’assurance A&D et la responsabilité personnelle.
  • Des systèmes efficaces et documentés pour la détection des fraudes, les contrôles opérationnels et le signalement anonyme sont vos premières lignes de défense.

Recommandation : Mettez en œuvre dès maintenant un cadre de « prévoyance démontrable » pour prouver que vous avez pris toutes les mesures raisonnables pour prévenir les préjudices avant qu’un incident ne survienne.

Le scénario est le cauchemar récurrent de tout PDG : un accident de travail grave survient. Les suites immédiates impliquent des organismes de réglementation et des inspecteurs, mais le pire arrive ensuite. Des enquêteurs de la police arrivent, et le spectre de poursuites criminelles en vertu de la « Loi Westray » du Canada plane sur l’entreprise, ses administrateurs et ses dirigeants. La menace d’amendes illimitées, de ruine réputationnelle et même d’emprisonnement devient terrifiante. Dans cet environnement à enjeux élevés, les conseils courants tels que « prenez la sécurité au sérieux » ou « ayez une politique de sécurité » sont dangereusement insuffisants.

Ces mesures sont nécessaires, mais elles ne sont que le strict minimum. Elles ne constituent pas une défense juridique robuste contre une accusation de négligence criminelle. Le cœur du problème réside dans une incompréhension fondamentale de la loi. Les dispositions Westray du Code criminel ne visent pas seulement à punir les organisations après une tragédie ; elles visent à les tenir responsables d’un manque de prévoyance et d’une omission d’agir. La question critique qu’un tribunal posera n’est pas « Aviez-vous une politique de sécurité ? », mais « Est-ce que l’ensemble de votre système organisationnel, du conseil d’administration jusqu’à la base, a pris toutes les mesures raisonnables pour empêcher ce préjudice de se produire ? »

La clé pour protéger votre entreprise consiste donc à passer d’un état d’esprit de conformité réactive à une approche de prévoyance proactive et démontrable. Cela implique de concevoir une culture d’entreprise et un cadre opérationnel où les risques sont systématiquement identifiés, documentés et neutralisés. Il s’agit de créer une trace écrite défendable qui prouve que votre organisation a agi de manière raisonnable et responsable. Ce n’est pas seulement une bonne pratique de sécurité ; c’est une stratégie juridique essentielle.

Cet article propose un aperçu stratégique pour la haute direction. Il déconstruit les principaux domaines d’exposition juridique en vertu du droit canadien et trace les grandes lignes du cadre nécessaire pour bâtir un système d’entreprise résilient et défendable. Il naviguera à travers les distinctions critiques et les étapes concrètes requises pour protéger votre organisation et ses dirigeants contre les conséquences les plus graves d’un incident en milieu de travail.

Sommaire : Guide du PDG pour naviguer dans la Loi Westray et la responsabilité pénale des entreprises

Quels sont les signaux d’alarme d’une fraude interne pouvant mener à des accusations criminelles pour les administrateurs ?

Pour un PDG, la fraude interne est souvent perçue comme un risque financier. Cependant, dans le contexte de la Loi Westray, il s’agit d’un symptôme critique d’un environnement de contrôle défaillant qui peut mener directement à une responsabilité criminelle pour négligence au travail. Lorsque des employés ou des gestionnaires falsifient des dossiers — qu’il s’agisse de registres d’entretien, d’inspections de sécurité ou de certifications de formation — ils ne font pas que voler l’entreprise ; ils démantèlent systématiquement les preuves mêmes de diligence raisonnable qui protégeraient l’organisation et ses administrateurs en cas d’accident. Une culture qui tolère ou ne parvient pas à détecter une telle fraude est, aux yeux de la loi, une culture insouciante de la sécurité de ses travailleurs.

La présence de ces activités démontre un manque de contrôle systémique. Un procureur soutiendra que si l’entreprise n’a pas pu empêcher la falsification d’un dossier de sécurité, elle n’avait aucun moyen efficace de s’assurer que la tâche de sécurité sous-jacente a été effectuée. Cela mine directement toute défense de « mesures raisonnables ». Pour les administrateurs, l’aveuglement volontaire n’est pas une défense. Ignorer des modèles de non-conformité ou ne pas enquêter sur les rapports de dénonciateurs concernant des raccourcis en matière de sécurité peut être interprété comme une approbation tacite, formant la base d’une responsabilité pénale personnelle. L’accent doit être mis sur la création d’un système de prévoyance démontrable où de telles tromperies sont non seulement difficiles à perpétrer, mais activement recherchées et corrigées.

Close-up of executive hands reviewing documents with a magnifying glass, signifying corporate governance and fraud detection.

La détection de ces signaux d’alarme est une fonction centrale de la direction et de la surveillance du conseil d’administration. Ce n’est pas une tâche à déléguer et à oublier. Les indicateurs clés à surveiller incluent :

  • Dossiers falsifiés : Toute preuve de registres de sécurité, de journaux d’entretien ou de rapports environnementaux altérés.
  • Informations supprimées : Des modèles de non-conformité réglementaire ou d’incidents évités de justesse dissimulés à la surveillance du conseil d’administration.
  • Dénonciateurs ignorés : Défaut d’enquêter immédiatement et de manière approfondie sur tout rapport interne concernant des violations de sécurité.
  • Indifférence des cadres supérieurs : Apathie ou ignorance délibérée des cadres supérieurs face aux signes de pratiques frauduleuses ou dangereuses.

La découverte d’une fraude nécessite une action corrective immédiate, entièrement documentée, pour démontrer que l’organisation prend des mesures robustes afin de restaurer son système de diligence raisonnable. Cette réponse est tout aussi importante que la détection initiale.

Ce fondement de contrôle interne est primordial, car il établit la bonne foi de l’organisation. Réexaminer les signaux d’alarme d’un système interne compromis est crucial pour comprendre la vulnérabilité de l’entreprise.

Que faire (et ne pas faire) lorsque la police arrive avec un mandat de perquisition à votre bureau ?

L’arrivée de la police avec un mandat de perquisition — souvent appelée une « visite domiciliaire » ou une perquisition à l’aube — est l’un des événements les plus perturbateurs et les plus risqués auxquels une entreprise peut faire face. Les mesures prises au cours des premières heures peuvent avoir des conséquences juridiques profondes, compromettant potentiellement la défense de l’entreprise pour les années à venir. L’objectif principal est de coopérer légalement tout en protégeant simultanément les droits juridiques de l’organisation, en particulier le secret professionnel de l’avocat. La panique, l’obstruction ou un consentement non éclairé peuvent mener à des résultats désastreux, y compris des accusations criminelles supplémentaires pour entrave à la justice.

L’instinct immédiat peut être de se montrer utile, mais c’est un moment qui exige un protocole strict, et non de l’improvisation. Les employés doivent être formés pour comprendre que leur rôle n’est pas de répondre aux questions ou de donner accès à des documents au-delà de la portée du mandat. La première étape, la plus critique, est de contacter un conseiller juridique externe. Aucune discussion de fond ne doit avoir lieu avec les enquêteurs avant que l’avocat ne soit présent ou n’ait fourni des instructions claires. Un employé de haut niveau pré-désigné doit être chargé de gérer le processus sur place, agissant comme point de contact unique avec les forces de l’ordre et suivant les agents pour documenter chacun de leurs mouvements.

Les tribunaux canadiens ont établi des protocoles clairs pour la saisie de preuves, en particulier les données numériques. Comme le souligne un guide de référence sur les enquêtes mondiales, les entreprises doivent avoir un plan pour équilibrer la coopération et la protection des informations privilégiées. Un protocole informatique préétabli est vital pour prévenir la suppression par inadvertance de données (qui pourrait être vue comme une obstruction) tout en identifiant et en isolant les documents protégés par le secret professionnel. La liste de contrôle suivante détaille les premières étapes non négociables.

Votre plan d’action : Réagir à un mandat de perquisition

    1. Contact immédiat : Désignez un « responsable du mandat de perquisition » unique pour assurer la liaison avec les enquêteurs et contactez immédiatement votre conseiller juridique canadien avant toute interaction de fond.
    2. Suivi et documentation : Exercez votre droit de « suivre » les enquêteurs. Notez les noms des agents, l’heure d’arrivée, toutes les zones fouillées, toutes les questions posées et chaque article inspecté ou saisi.

  1. Protéger le secret professionnel : Identifiez proactivement tous les documents et données potentiellement couverts par le secret professionnel de l’avocat. Étiquetez-les clairement et informez l’enquêteur principal que vous invoquez le privilège sur ces documents.
  2. Préserver les données : Mettez en place une « suspension légale » sur toutes les sources de données électroniques potentiellement pertinentes pour empêcher toute suppression routinière ou accidentelle d’informations.
  3. Ne pas faire obstruction : Ne mentez jamais, ne cachez pas de documents, n’interférez pas avec la perquisition et ne tentez pas de bloquer l’accès des enquêteurs aux zones spécifiées dans le mandat. La coopération est obligatoire, mais elle doit être gérée par un avocat.

Naviguer dans cet événement critique exige de la discipline et de la préparation. Comprendre le protocole précis d’une perquisition policière peut empêcher une situation difficile de devenir catastrophique.

Infraction réglementaire vs acte criminel : pourquoi la distinction est-elle cruciale pour votre couverture d’assurance ?

Pour un PDG, comprendre la différence entre une infraction réglementaire (par exemple, en vertu des lois provinciales sur la santé et la sécurité au travail – LSST) et un acte criminel en vertu des dispositions Westray n’est pas un exercice juridique académique. Cela a des conséquences profondes et immédiates sur les finances de l’organisation, sa couverture d’assurance et la liberté personnelle de ses administrateurs. Bien que les deux puissent découler du même incident de travail, ils existent dans des univers juridiques totalement différents. Une infraction réglementaire est une violation d’une loi d’intérêt public, alors qu’un acte criminel exige que la Couronne prouve, hors de tout doute raisonnable, un écart marqué et important par rapport à la norme d’une personne raisonnablement prudente.

La distinction la plus critique pour les administrateurs et dirigeants est la manière dont cette classification impacte l’assurance. Une police d’assurance responsabilité des administrateurs et dirigeants (A&D) standard couvrira généralement les frais de défense juridique associés à une accusation réglementaire. Cependant, ces mêmes polices contiennent presque universellement une exclusion pour les actes criminels. Cela signifie que si une accusation dégénère en accusation criminelle, ou s’il y a une condamnation, la couverture d’assurance peut s’évaporer, laissant l’entreprise et ses administrateurs assumer le coût total, s’élevant souvent à plusieurs millions de dollars, d’une défense criminelle. De plus, les sanctions elles-mêmes sont radicalement différentes. Les enjeux financiers ont été clairement illustrés dans une affaire canadienne marquante, comme le montre l’affaire Metron Construction où la Cour d’appel de l’Ontario a augmenté l’amende pour négligence criminelle à 750 000 $, soit un montant bien supérieur aux sanctions réglementaires initiales envisagées.

Ce tableau résume les différences cruciales que tout haut dirigeant doit comprendre.

Couverture d’assurance A&D : Accusations réglementaires vs criminelles
Aspect Infraction réglementaire (ex: LSST) Accusation criminelle (Westray)
Couverture d’assurance A&D Les frais de défense sont généralement couverts La couverture est généralement exclue en cas de condamnation
Peine maximale (Individu) Varie selon la province (ex: jusqu’à 1,5M$ d’amende + 12 mois de prison en ON) Emprisonnement à perpétuité
Amende maximale (Corporation) Varie selon la province (ex: jusqu’à 2M$ en ON) Illimitée
Fardeau de la preuve La poursuite doit prouver l’acte ; il incombe ensuite au défendeur de prouver sa diligence raisonnable selon la prépondérance des probabilités La Couronne doit prouver la culpabilité « hors de tout doute raisonnable »
Défense de diligence raisonnable Disponible (la défense principale) Non disponible pour l’infraction de négligence criminelle elle-même

L’objectif stratégique lors d’une enquête est donc de maintenir l’affaire fermement dans la sphère réglementaire. Cette distinction souligne l’importance d’une stratégie juridique proactive dès le premier jour. Saisir les différences fondamentales entre la responsabilité réglementaire et criminelle est la première étape de la gestion des risques.

Le piège de l’anti-corruption : comment un « frais de consultation » à l’étranger peut vous mener en prison au Canada ?

Pour les entreprises canadiennes opérant à l’échelle mondiale, le risque de responsabilité pénale ne se limite pas à la sécurité au travail sur le territoire national. La Loi sur la corruption d’agents publics étrangers (LCAPE) crée une exposition criminelle importante pour la corruption commise à l’étranger, et ses conséquences peuvent s’entremêler de manière inattendue avec la responsabilité Westray au pays. Un « frais de consultation » ou un « paiement de facilitation » apparemment anodin versé à un fonctionnaire étranger pour accélérer un projet ou contourner des réglementations locales peut déclencher une cascade de catastrophes juridiques. Non seulement cela expose l’entreprise et ses dirigeants à des accusations en vertu de la LCAPE, mais si ces paiements corrompus ont conduit à des normes de sécurité compromises sur un projet, tout accident en résultant pourrait faire l’objet de poursuites pour négligence criminelle au Canada.

L’argument d’un procureur est direct : l’acte de corruption pour rogner sur les coûts démontre un mépris délibéré et téméraire pour les protocoles de sécurité et de qualité établis. Cela montre un état d’esprit d’entreprise qui priorise le profit sur la sécurité, ce qui est l’essence même de l’« écart marqué et important » requis pour une condamnation en vertu de Westray. Les organisations ne peuvent plus considérer la corruption étrangère et la sécurité au travail nationale comme des silos de conformité distincts. Ce sont deux facettes du même principe : un engagement envers des opérations légales et éthiques. Cela a été mis en lumière dans l’affaire très médiatisée impliquant SNC-Lavalin, où des allégations de corruption d’agents publics étrangers ont mené à des accusations criminelles au Canada. Bien que l’entreprise ait cherché un accord de poursuite suspendue, le Service des poursuites pénales du Canada a refusé d’en offrir un, démontrant que la clémence n’est jamais garantie.

Bâtir un système défendable nécessite une diligence raisonnable rigoureuse envers tous les agents tiers et partenaires. Il est impératif d’avoir un programme de conformité anti-corruption blindé comprenant les éléments suivants :

  • Vérifications approfondies des antécédents : Effectuez et documentez une diligence raisonnable approfondie sur tous les agents tiers, consultants et partenaires opérant dans des juridictions étrangères.
  • Clauses contractuelles explicites : Intégrez des clauses anti-corruption claires et sans ambiguïté, avec des droits d’audit, dans tous les contrats internationaux.
  • Paiements documentés : Exigez des factures détaillées et légitimes pour tous les services rendus et interdisez les paiements en espèces ou inexpliqués.
  • Formation régulière : Mettez en œuvre une formation de conformité obligatoire et récurrente pour tous les employés, en particulier ceux des ventes, de l’approvisionnement et du développement des affaires internationales.
  • Voies d’escalade claires : Établissez une procédure confidentielle et claire permettant aux employés de signaler des demandes de paiement ou des activités suspectes sans crainte de représailles.

Le lien entre la conduite internationale et la responsabilité nationale est un piège pour les imprudents. Un examen de comment la corruption à l’étranger peut déclencher des accusations criminelles canadiennes est essentiel pour toute entreprise mondiale.

Quand dénoncer soi-même un crime potentiel aux autorités pour solliciter la clémence ?

Lors de la découverte d’un manquement important à la conformité ou d’un incident pouvant mener à des accusations criminelles, une équipe de direction fait face à une décision critique : devons-nous nous dénoncer nous-mêmes aux autorités ? C’est l’un des choix stratégiques les plus complexes en matière de défense d’entreprise, et il n’y a pas de réponse universelle. La décision ne devrait jamais être prise sans l’engagement immédiat d’un conseiller juridique externe. L’auto-dénonciation peut être un outil puissant pour démontrer la responsabilité de l’entreprise et solliciter la clémence — en orientant potentiellement une enquête vers une résolution réglementaire plutôt que criminelle — mais cela signifie également placer volontairement l’entreprise sous le microscope des procureurs.

« Le seuil d’une condamnation criminelle est élevé, mais il n’est pas inatteignable », a noté un avocat de la défense criminelle dans le magazine Canadian Occupational Safety, soulignant la ligne ténue sur laquelle les entreprises doivent marcher.

– Avocat de la défense criminelle, Canadian Occupational Safety Magazine

Le principal avantage de l’auto-dénonciation est le contrôle du récit. S’adresser à la Couronne avant qu’un incident ne devienne public (par exemple, par les médias ou un dénonciateur) permet à l’entreprise de cadrer le problème, de présenter les mesures correctives qu’elle a déjà prises et de plaider pour une issue plus favorable. Cela signale que l’organisation est un bon citoyen corporatif qui a commis une erreur et s’engage à la corriger. Cependant, cela n’est efficace que si l’entreprise arrive avec un dossier complet. Cela inclut des preuves issues d’une enquête interne protégée par le secret professionnel, un compte rendu détaillé des faits et un plan robuste de mesures correctives documentées.

Un cadre stratégique d’auto-dénonciation doit être guidé par un avocat et devrait inclure ces étapes critiques :

    • Engager un conseiller externe immédiatement : C’est non négociable. Toutes les enquêtes internes doivent être menées sous le couvert du secret professionnel pour protéger les conclusions de la divulgation.
    • Agir d’abord, signaler ensuite : Avant de s’adresser à une autorité, l’entreprise doit prendre et documenter toutes les mesures correctives possibles. Cela démontre un remords sincère et un engagement envers la sécurité.
    • Préparer un rapport complet : Travaillez avec l’avocat pour préparer un rapport factuel détaillé qui démontre une compréhension complète de la défaillance et un chemin clair vers la conformité future.

  • Considérer le moment et la juridiction : La décision de l’autorité à contacter et du moment opportun est stratégique et doit être prise avec des conseils juridiques, en pesant le pour et le contre de s’adresser aux régulateurs par rapport aux procureurs criminels.
  • Négocier une issue réglementaire : Le but ultime de l’auto-dénonciation est souvent de convaincre la Couronne que l’intérêt public est mieux servi par des sanctions et une surveillance réglementaires plutôt que par une poursuite criminelle complète.

Cette décision comporte d’immenses risques et des récompenses potentielles. L’examen attentif du cadre stratégique pour l’auto-dénonciation est un exercice critique pour toute équipe de direction confrontée à une crise potentielle.

L’erreur de documentation qui cause 40 % des échecs d’audit de Santé Canada

Bien que le titre souligne une préoccupation réglementaire spécifique à Santé Canada, le principe sous-jacent est une menace universelle pour toute organisation faisant l’objet d’une enquête Westray : une documentation déficiente. Une trace écrite incomplète, incohérente ou facilement altérable n’est pas seulement un échec de conformité ; c’est l’outil principal d’un procureur pour démanteler une défense de « diligence raisonnable ». La plus grande erreur de documentation consiste à la traiter comme une formalité administrative plutôt que comme un composant essentiel d’un système défendable. Lorsque des dossiers sont manquants, non datés ou montrent que des problèmes identifiés n’ont jamais été corrigés, cela crée un récit de négligence irréfutable.

Le but de la documentation dans un environnement à haut risque n’est pas seulement de consigner ce qui a été fait, mais de *prouver* que l’organisation possède un système fonctionnel pour identifier, évaluer et contrôler les dangers. Cela exige plus que de simples listes de contrôle. Cela nécessite un système en boucle fermée avec des pistes d’audit. Par exemple, un rapport d’entretien identifiant une défaillance est inutile s’il n’est pas lié à un bon de travail montrant que la réparation a été assignée, un rapport d’achèvement confirmant que le travail a été fait, et une signature vérifiant la correction. Sans cette chaîne complète, le rapport initial devient la preuve d’un danger connu qui a été ignoré. Les données confirment la gravité des conséquences : un examen par le Syndicat des Métallos montre que sur 26 décisions de négligence criminelle, il y a eu 11 condamnations où les preuves étaient suffisantes pour répondre à la norme criminelle, reposant souvent sur des défaillances de documentation et de processus.

Bâtir un système de documentation « à l’épreuve des poursuites » est un impératif stratégique. Ce système doit être conçu pour démontrer une gouvernance et un contrôle proactifs. Les éléments clés incluent :

    • Dossiers numériques inaltérables : Mettez en œuvre des systèmes numériques de gestion de la sécurité qui créent des enregistrements horodatés et inaltérables pour les inspections, les rapports et la formation.
    • Documentation au niveau du conseil : Assurez-vous que les procès-verbaux des réunions du conseil d’administration documentent explicitement les discussions sur la sécurité, les allocations budgétaires pour les initiatives de sécurité et les examens des performances en la matière.
    • Pistes d’audit en boucle fermée : Créez des systèmes où chaque problème identifié (audit, inspection ou rapport d’employé) est suivi de l’identification à l’attribution, l’action et la fermeture vérifiée.

  • Dossiers de formation vérifiables : Tenez une base de données complète et à jour de toutes les formations des employés, incluant les dates, le contenu des cours et les signatures ou accusés de réception numériques.
  • Validation par des tiers : Établissez un calendrier d’audits réguliers et indépendants par des tiers qualifiés pour valider l’exhaustivité et l’intégrité du système de documentation.

Votre documentation est votre témoin principal devant le tribunal. Assurer son exhaustivité et son intégrité avant qu’un incident ne survienne est l’une des mesures défensives les plus efficaces qu’une entreprise puisse prendre.

Signalement anonyme : comment mettre en place une ligne d’urgence en laquelle les employés ont confiance ?

Un système de signalement anonyme ou une ligne de dénonciation est la pierre angulaire d’une culture de sécurité proactive. Elle offre un canal critique pour les employés de première ligne, qui sont souvent les premiers à voir les dangers émergents, afin de signaler leurs préoccupations sans crainte de représailles. Cependant, la simple existence d’une ligne d’urgence ne suffit pas. Si les employés n’ont pas confiance dans le système — s’ils croient que leur anonymat sera compromis ou que leurs rapports seront ignorés ou, pire, mèneront à des sanctions — la ligne devient un passif. Un système avec de faibles taux de signalement peut être présenté par un procureur comme la preuve d’une « culture de la peur » où les employés étaient trop intimidés pour s’exprimer.

Bâtir la confiance est un processus actif et continu. Cela commence par la garantie de l’anonymat, qui est mieux assurée en utilisant un fournisseur de services tiers réputé pour gérer la ligne d’urgence. Cela sépare le mécanisme de signalement de la hiérarchie interne de l’entreprise. Crucialement, cette garantie doit être soutenue par une politique de non-représailles robuste, bien communiquée et appliquée de manière cohérente. Comme l’ont démontré diverses organisations canadiennes, celles qui ont mis en œuvre et diffusé de solides protections pour les dénonciateurs ont vu une augmentation marquée du signalement des préoccupations de sécurité. Ces entreprises ont pu utiliser les mesures (anonymisées) de la ligne d’urgence comme preuves puissantes devant le tribunal pour démontrer une gestion proactive et une culture de sécurité saine.

Le processus de traitement des rapports doit être transparent et efficace. Les employés doivent voir que leurs préoccupations sont prises au sérieux. Cela implique de créer un flux de travail clair pour le tri, l’enquête et la résolution de chaque rapport reçu. Bien que la confidentialité doive être maintenue, « boucler la boucle » en communiquant au rapporteur original (via le système tiers) que sa préoccupation a été reçue et traitée est vital pour renforcer la confiance dans le système. Une ligne d’urgence de sécurité efficace repose sur ces éléments essentiels :

    • Gestion par un tiers : Garantissez l’anonymat en externalisant la réception des rapports à un fournisseur spécialisé et indépendant.
    • Communiquer les protections : Communiquez régulièrement les lois et politiques provinciales et internes de protection des dénonciateurs à tous les employés.

  • Établir un protocole de tri : Créez une « Équipe de tri de la ligne d’urgence » dédiée, avec des flux de travail documentés et clairs sur la manière dont chaque rapport est accusé de réception (ex: sous 48 heures), enquêté et escaladé.
  • Suivre et rapporter les mesures : Surveillez et rapportez des mesures agrégées et anonymisées (ex: nombre de rapports reçus, catégories de préoccupations, taux de résolution) au conseil d’administration et, le cas échéant, aux employés.
  • Appliquer la non-représailles : Enquêtez sur toute allégation de représailles avec le plus grand sérieux et appliquez des mesures disciplinaires visibles lorsqu’elles sont avérées.

Une ligne d’urgence de confiance est un outil puissant de prévoyance démontrable. Comprendre les mécanismes de construction d’un système que les employés utiliseront réellement est fondamental pour son succès.

Points clés à retenir

  • La Loi Westray impose une obligation légale aux organisations et à leurs dirigeants de prendre des « mesures raisonnables » pour prévenir les blessures corporelles, rendant la conformité passive insuffisante.
  • Une défense de « diligence raisonnable » exige plus que des politiques ; elle nécessite un système démontrable et documenté de gestion proactive des risques et de contrôle depuis le niveau du conseil d’administration.
  • La distinction entre la responsabilité réglementaire et criminelle est critique, affectant tout, de la couverture d’assurance A&D au risque d’emprisonnement.

Loi Westray : comment les organisations peuvent-elles être poursuivies au criminel pour négligence au travail ?

La « Loi Westray », promulguée en 2004 par le projet de loi C-45, a fondamentalement changé le paysage de la responsabilité des entreprises au Canada. Elle a modifié le Code criminel pour créer un cadre juridique permettant de tenir les organisations, et leurs représentants, criminellement responsables de la négligence causant des blessures corporelles ou la mort. La loi établit un devoir légal spécifique pour quiconque dirige le travail d’autrui de prendre des mesures raisonnables pour prévenir les blessures corporelles. Un manquement à ce devoir montrant une « insouciance déréglée ou téméraire à l’égard de la vie ou de la sécurité d’autrui » peut entraîner une condamnation pour négligence criminelle.

Pour qu’une organisation soit déclarée coupable, un procureur doit prouver deux choses. Premièrement, qu’un représentant de l’entreprise (ex: un superviseur, un gestionnaire ou un administrateur) a été négligent dans ses fonctions. Deuxièmement, qu’un « agent supérieur » (une personne ayant une autorité opérationnelle ou décisionnelle importante) a également commis une faute, par exemple en ne mettant pas en place et en ne maintenant pas un système de sécurité approprié, ou en ignorant les actions négligentes de ses subordonnés. Cette structure à deux niveaux signifie que la responsabilité peut remonter la chaîne de commandement. Bien que seulement 26 décisions de négligence criminelle aient été rendues au Canada depuis 2004, la gravité des conséquences en fait une préoccupation majeure pour tout PDG.

La décision d’investir dans un système robuste de sécurité et de conformité plutôt que de risquer une condamnation criminelle peut être vue à travers une analyse coût-avantage brutale. Les coûts initiaux de la conformité sont minimes par rapport aux coûts financiers et humains potentiels d’une condamnation. Comme l’a observé un procureur de la Couronne en Nouvelle-Écosse à propos de l’impact de la loi, le « faible nombre de poursuites peut s’expliquer par le fait que les milieux de travail disposent de comités de santé et de sécurité au travail plus rigoureux et attentifs » — preuve que les mesures proactives sont la défense la plus efficace.

Analyse des coûts : Conformité sécuritaire vs condamnation criminelle
Catégorie de coût Programme de sécurité proactif annuel Condamnation Westray unique
Coûts directs ex: 250 000 $ (responsable sécurité, formation, logiciel) 750 000 $ + (les amendes sont illimitées)
Frais juridiques ex: 10 000 $ (examen de conformité) 2 000 000 $ + (défense criminelle)
Impact sur l’assurance Potentiel de primes plus basses Exclusions de couverture, primes considérablement augmentées
Impact réputationnel Cote ESG positive, confiance de marque accrue Dommages graves à la marque, perte de contrats, condamnation publique
Impact sur la direction Démontre une bonne gouvernance Emprisonnement potentiel (jusqu’à perpétuité)

Tout le cadre de la défense d’entreprise repose sur une compréhension profonde des devoirs spécifiques imposés par la Loi Westray et de ce que signifie prendre des « mesures raisonnables ».

Cet article constitue une carte stratégique et non un avis juridique. La prochaine étape logique et nécessaire pour tout haut dirigeant est d’engager un conseiller juridique canadien spécialisé en droit des sociétés pour mener un audit protégé par le secret professionnel de vos systèmes actuels et de votre exposition à la responsabilité.

Rédigé par Liam O'Connor, Labour and Employment Lawyer assisting employers across Western Canada. Expert in workplace safety, human rights accommodation, and drafting enforceable employment contracts to minimize liability.