Publié le 17 mai 2024

Au-delà du jargon juridique, l’obtention d’un consentement valable au Canada est un impératif stratégique pour renforcer la confiance des consommateurs, et non un simple obstacle à la conformité.

  • La protection de la vie privée au Canada est une mosaïque complexe, la Loi 25 du Québec fixant la barre très haut avec un consentement explicite et positif (opt-in) pour la plupart des activités.
  • Le consentement doit être actif et éclairé ; les cases pré-cochées sont illégales et les « petits caractères » sont de moins en moins exécutoires.

Recommandation : Auditez votre processus de consentement actuel non pas pour le minimum légal, mais pour la clarté et l’expérience utilisateur. Traitez chaque point de consentement comme une conversation pour fidéliser la clientèle.

En tant que directeur marketing au Canada, naviguer dans le paysage de la confidentialité des données peut donner l’impression de lire une carte dont les frontières changent constamment. On vous dit d’être transparent et d’obtenir le consentement, mais à quoi ressemble réellement un « consentement valable » dans la pratique ? Les conseils standards — ajouter une bannière de cookies et un lien vers une longue politique de confidentialité — sont souvent en deçà des normes rigoureuses fixées par les lois canadiennes, notamment la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE) au fédéral et la stricte Loi 25 du Québec.

L’approche courante traite le consentement comme une case à cocher unique et gênante. Cela risque non seulement d’entraîner d’importantes sanctions financières, mais aussi d’éroder l’atout le plus précieux dont vous disposez : la confiance de vos clients. Le véritable défi ne consiste pas seulement à éviter les amendes ; il s’agit de repenser fondamentalement la relation entre votre marque et les données de vos utilisateurs. Et si l’obtention du consentement n’était pas une obligation légale à remplir à contrecœur, mais une opportunité stratégique de démontrer votre respect et de bâtir une base de clients plus solide et plus fidèle ?

Ce guide dépasse le langage juridique pour proposer un cadre axé sur le consommateur. Nous déconstruirons les principes fondamentaux du consentement valable du point de vue d’un responsable de la protection de la vie privée, en les traduisant en stratégies pratiques et exploitables pour vos plateformes numériques. En vous concentrant sur la « Privacy UX » — l’expérience utilisateur de votre processus de consentement — vous pouvez transformer une exigence légale en un avantage concurrentiel. Nous explorerons les scénarios clés auxquels vous faites face quotidiennement, de la conception de contrats de type « clickwrap » conformes à la gestion des données des mineurs, afin de construire un système de « Confiance par conception » (Trust by Design) à la fois conforme et convaincant.

Pour vous aider à naviguer dans ces exigences complexes, cet article décompose les éléments essentiels de l’obtention d’un consentement valable au Canada. Les sections suivantes fournissent une feuille de route claire pour transformer les principes juridiques en pratiques de confidentialité centrées sur l’utilisateur.

Pourquoi les contrats signés par des mineurs ou des personnes aux facultés affaiblies sont-ils annulables ?

Le fondement de tout consentement valide est la capacité : l’individu doit être apte à comprendre ce à quoi il consent. C’est pourquoi les contrats avec des mineurs ou des individus dont le jugement est considérablement altéré sont juridiquement précaires. Du point de vue de la protection de la vie privée, il ne s’agit pas d’une simple formalité technique ; c’est la reconnaissance que les personnes vulnérables ne peuvent pas engager un « dialogue » équitable sur leurs données. Leur consentement ne peut être considéré comme véritablement « valable » s’ils n’ont pas la maturité cognitive ou émotionnelle nécessaire pour saisir les conséquences à long terme du partage de leurs renseignements personnels.

Au Canada, le cadre juridique reflète ce devoir de diligence accru. Par exemple, les directives du Commissariat à la protection de la vie privée (CPVP) stipulent clairement que, dans presque toutes les situations, les enfants de moins de 13 ans ne peuvent pas fournir un consentement valable pour la collecte de leurs renseignements personnels. Il incombe donc aux organisations d’obtenir le consentement d’un parent ou d’un tuteur. La situation est encore plus stricte dans certaines provinces. La Loi 25 du Québec porte l’âge du consentement à 14 ans et stipule que toute collecte de données doit être manifestement au bénéfice de l’enfant, faute de quoi le consentement parental est requis. Cette variance provinciale souligne la nécessité d’une stratégie de consentement adaptée géographiquement.

Pour les adolescents (de 13 à 17 ans), le CPVP adopte une approche basée sur le risque. Bien qu’ils puissent être en mesure de consentir dans certains cas, plus les données sont sensibles (ex. : géolocalisation, données de santé), plus il est crucial de s’assurer que le processus de consentement est exceptionnellement clair. Cela signifie utiliser un langage simple, fournir des avis « au moment opportun » qui expliquent la collecte de données lors de l’interaction, et utiliser des formats créatifs comme des vidéos ou des infographies. L’objectif ultime est de réussir le « Test de clarté » : un jeune comprendrait-il vraiment les compromis impliqués ? Si la réponse est non, le consentement n’est pas valable.

Consentement éclairé dans le dépistage de santé des employés : que pouvez-vous légalement demander ?

Les principes du consentement s’étendent au milieu de travail, mais la dynamique de pouvoir entre un employeur et un employé ajoute une couche de complexité importante. Lorsqu’il s’agit de renseignements de santé sensibles, le consentement ne peut être une condition d’emploi que si la collecte est manifestement nécessaire pour le poste. La curiosité d’un employeur n’est pas un motif valable de collecte de données. La demande de renseignements doit être raisonnable, précise et directement liée à un besoin opérationnel légitime, tel que la sécurité au travail ou l’accommodement d’un handicap.

Un directeur marketing ne gère peut-être pas directement les RH, mais les principes ici renforcent la culture d’entreprise de « Confiance par conception ». Forcer un employé à « consentir » à une surveillance de santé trop large crée une culture de méfiance qui se répercute inévitablement sur la façon dont l’entreprise traite les données de ses clients. Le véritable consentement dans ce contexte doit être totalement volontaire et non coercitif. Un employé doit comprendre quels renseignements spécifiques sont collectés, la finalité précise de leur utilisation, qui y aura accès et comment ils seront sécurisés. Ils doivent également être informés des conséquences d’un refus de consentement, lesquelles ne peuvent être punitives si les renseignements ne sont pas essentiels pour le rôle.

Close-up of hands holding privacy consent forms for employee health data

Le paysage juridique de la vie privée des employés au Canada est également fragmenté, ce qui complique la conformité. Les industries sous réglementation fédérale relèvent de la LPRPDE, mais pour la plupart des organisations sous réglementation provinciale, des lois provinciales spécifiques s’appliquent. Ce tableau illustre certaines des différences clés à travers le pays.

Comparaison des lois provinciales sur la vie privée des employés
Province Loi applicable Différences clés
Ontario LPRPDE (fédéral) / Common law (autres) Les industries fédérales suivent les normes de la LPRPDE
Alberta/C.-B. PIPA (Personal Information Protection Act) Les renseignements sur les employés détenus par des organisations provinciales sont couverts par les PIPA provinciales
Québec Loi 25 Exige un avis et un consentement avant que tout renseignement sur un employé puisse être collecté et traité

Cette mosaïque signifie qu’une entreprise nationale ne peut pas adopter une approche unique. Pour une équipe marketing opérant à travers le Canada, comprendre ces nuances régionales est crucial pour s’assurer que toute l’organisation respecte la barre haute du consentement éclairé.

Le problème des « petits caractères » : Pourquoi les clauses cachées pourraient ne pas être exécutoires, même avec une signature ?

Pendant des décennies, les « petits caractères » d’une politique de confidentialité longue et remplie de jargon étaient la méthode standard pour obtenir le consentement. Les utilisateurs cliquaient sur « J’accepte » sans lire un mot, et les entreprises considéraient leur devoir légal comme accompli. Ce modèle est dépassé. Les régulateurs et les tribunaux canadiens reconnaissent de plus en plus que le fait de dissimuler des conditions importantes dans un document juridique dense ne constitue pas un consentement valable. Si une personne raisonnable ne peut pas trouver et comprendre ce à quoi elle consent, son consentement est une illusion.

C’est ici que le concept de « Privacy UX » devient critique. La présentation de l’information est aussi importante que l’information elle-même. Le CPVP a énoncé sept principes directeurs pour un consentement valable qui servent de modèle pour une bonne conception de la confidentialité. Il ne suffit pas de rendre l’information disponible ; il faut la rendre accessible, digestible et compréhensible du point de vue de l’utilisateur. Cela déplace la responsabilité de l’utilisateur (chercher l’information) vers l’organisation (la présenter clairement). Un aspect clé de ceci est le principe de « confidentialité par défaut », une mesure que la Loi 25 du Québec impose en exigeant que les paramètres de confidentialité les plus élevés soient appliqués automatiquement.

Au lieu de s’appuyer sur une politique de confidentialité monolithique, la meilleure pratique consiste à adopter une approche par couches. Utilisez un langage clair et simple sur l’interface principale (comme une bannière de cookies), avec des liens vers des informations plus détaillées pour ceux qui souhaitent approfondir. Votre objectif est de fournir la bonne quantité d’informations au bon moment.

Votre liste de contrôle pour mettre en œuvre les 7 principes directeurs du CPVP

  1. Clarté de la finalité : Expliquez clairement pourquoi vous collectez des données, en évitant les termes vagues. Au lieu de « pour améliorer nos services », dites « pour personnaliser les recommandations de contenu basées sur votre historique de visionnement ».
  2. Accessibilité : Présentez les informations sur la confidentialité dans un format gérable et facile à trouver. Ne les cachez pas derrière plusieurs clics.
  3. Choix clairs : Pour toute collecte de données non essentielle (ex. : analyses marketing), offrez un moyen clair et simple pour les utilisateurs de s’y opposer ou d’y consentir.
  4. Perspective de l’utilisateur : Concevez votre processus de consentement du point de vue de l’utilisateur. Est-ce intuitif ? Est-ce déroutant ? Appliquez le « Test de clarté ».
  5. Consentement continu : Obtenez un nouveau consentement chaque fois que vous modifiez de manière significative vos pratiques de confidentialité ou que vous souhaitez utiliser les données pour une nouvelle finalité.
  6. Pertinence : Ne collectez des données que pour des finalités qu’une personne raisonnable jugerait appropriées dans les circonstances.
  7. Retrait du consentement : Faites en sorte qu’il soit aussi facile pour les utilisateurs de retirer leur consentement que de le donner.

En mettant en œuvre ces principes, vous vous éloignez du modèle inopérant des « petits caractères » pour passer à un dialogue transparent qui renforce la confiance réelle avec vos utilisateurs.

Lésion ou contrainte économique : Quand un contrat est-il nul parce que vous avez été « forcé » de signer ?

Le consentement valable doit être donné librement. Si un utilisateur est « forcé » d’accepter des conditions parce qu’il n’a pas d’autre alternative réaliste, la validité de ce consentement est discutable. C’est le concept juridique de contrainte économique. Dans le monde numérique, cela se manifeste souvent par des contrats de type « à prendre ou à laisser », où l’accès à un service essentiel est conditionné par l’acceptation de conditions larges et non négociables de collecte de données. Cela crée un déséquilibre de pouvoir significatif entre l’organisation et le consommateur.

La Cour suprême du Canada s’est directement penchée sur ce déséquilibre de pouvoir, particulièrement dans le contexte des grandes plateformes en ligne. Dans une affaire marquante impliquant Facebook, la Cour a reconnu la réalité du marché numérique moderne. Comme l’a noté la Cour, les consommateurs n’ont souvent pas d’autre choix que d’accepter les conditions qui leur sont présentées.

Les consommateurs individuels dans ce contexte n’ont guère d’autre choix que d’accepter les conditions d’utilisation de Facebook… dans le marché numérique d’aujourd’hui, les transactions sont généralement couvertes par des contrats d’adhésion non négociables présentés sur une base « à prendre ou à laisser ».

– Cour suprême du Canada, Douez c. Facebook, 2017 CSC 33

Cet examen judiciaire s’étend à la pratique du « couplage » de consentement. Cela se produit lorsqu’une organisation exige qu’un utilisateur consente à la collecte de données qui ne sont pas essentielles à la fourniture du service de base. Par exemple, une application météo qui nécessite l’accès à votre liste de contacts pour fonctionner pratique le couplage. La LPRPDE est claire à ce sujet : le consentement ne peut être exigé que pour la collecte de données faisant partie intégrante de la finalité spécifiée. Pour tout le reste, les utilisateurs doivent avoir un choix réel. Les forcer à accepter une collecte de données inutile comme condition de service est une forme de contrainte et invalide ce consentement.

En tant que spécialiste du marketing, cela signifie que vous devez délimiter soigneusement les données « nécessaires » des données « accessoires ». Si vous souhaitez utiliser les données pour des analyses marketing, de la publicité personnalisée ou l’amélioration des produits, vous devez les demander séparément et respecter la décision de l’utilisateur s’il refuse. L’accès au service principal ne doit pas être pris en otage.

Comment concevoir un contrat « clickwrap » qui tient réellement devant les tribunaux ?

Un accord « clickwrap » est le mécanisme que vous voyez tous les jours : un utilisateur clique sur un bouton ou coche une case pour indiquer son acceptation des conditions. Bien qu’ils soient courants, de nombreux designs de clickwrap sont juridiquement faibles. Pour en créer un qui soit exécutoire au Canada, vous devez dépasser le design ambigu et adopter une action explicite et affirmative. L’objectif est de créer une preuve claire que l’utilisateur a consenti sciemment et activement.

Un design de clickwrap juridiquement robuste est un parfait exemple de « Privacy UX » en action. Il ne s’agit pas de piéger l’utilisateur, mais de rendre le choix clair et délibéré. Un langage vague comme « Continuer » ou « Entrer » est insuffisant. Le texte du bouton doit être une déclaration d’intention sans ambiguïté, telle que « J’accepte » ou « J’accepte les conditions ». Surtout, la case doit être décochée par défaut. Comme nous le verrons plus loin, les cases pré-cochées constituent une violation majeure de la conformité au Canada car elles reposent sur l’inaction de l’utilisateur et non sur un consentement affirmatif.

Mobile device showing privacy consent interface with clear checkbox design

Voici les éléments essentiels d’un contrat clickwrap à l’épreuve du Canada, compte tenu des normes élevées de la Loi 25 du Québec :

  • Décoché par défaut : L’utilisateur doit effectuer une action positive (cocher la case) pour signifier son consentement.
  • Langage affirmatif : Utilisez un texte clair orienté vers l’action comme « J’accepte les conditions d’utilisation et la politique de confidentialité ».
  • Lien vers les conditions : Placez un lien hypertexte visible et cliquable vers les conditions complètes et la politique de confidentialité directement à côté de la case à cocher.
  • Consentement granulaire : Pour différentes activités de traitement des données (ex. : fonctions essentielles, analyses, marketing), proposez des cases séparées et décochées pour éviter le couplage de consentements.
  • Détails suffisants : Fournissez des informations claires et concises sur les données collectées, les tiers avec lesquels elles pourraient être partagées, la finalité de la collecte et les risques potentiels. La Loi 25 du Québec a des exigences particulièrement élevées pour cette transparence initiale.
  • Journalisation robuste : Votre système doit enregistrer de manière sécurisée les preuves du consentement, incluant l’horodatage, l’adresse IP de l’utilisateur, la version spécifique de la politique acceptée et l’identifiant de l’utilisateur. C’est votre preuve de conformité.

En traitant votre clickwrap comme un moment clé du « consentement comme dialogue », vous créez un registre qui est non seulement défendable juridiquement, mais qui démontre également le respect de l’autonomie de l’utilisateur.

Comment traiter une demande d’accès d’un client sans révéler de secrets commerciaux ?

Un élément central du consentement valable est le droit continu de l’utilisateur d’accéder aux renseignements personnels que vous détenez à son sujet. C’est un principe fondamental du droit moderne de la protection de la vie privée, souvent appelé Demande d’accès de la personne concernée (DAPC). Cela fait partie du « dialogue » continu du consentement ; cela permet aux individus de vérifier quelles données vous détenez, d’en assurer l’exactitude et de comprendre comment elles sont utilisées. Au Québec, cela a encore évolué avec des règlements qui, depuis septembre 2024, incluent le droit de recevoir une copie numérique de ses renseignements personnels dans un format commun — un droit connu sous le nom de portabilité des données.

Cependant, l’obligation d’une organisation d’être transparente n’est pas absolue. Les lois sur la protection de la vie privée, y compris la LPRPDE, contiennent des exceptions spécifiques pour protéger d’autres intérêts légitimes, tels que les renseignements commerciaux confidentiels (secrets commerciaux) et la sécurité d’autres personnes. Vous n’êtes pas tenu de révéler des algorithmes propriétaires, des stratégies commerciales internes ou des informations qui compromettraient la vie privée d’une autre personne lors de la réponse à une demande d’accès.

La clé n’est pas d’émettre un refus catégorique, mais d’appliquer un processus de dissociation. Vous devez examiner les dossiers demandés et caviarder (masquer) ou « dissocier » uniquement les renseignements spécifiques qui relèvent d’une exception légale. Le reste des renseignements personnels doit tout de même être fourni à l’individu.

Étude de cas : Le principe de dissociation de la LPRPDE en action

Imaginez qu’un client d’un service de streaming demande l’accès à ses données. Le service possède des enregistrements de son historique de visionnement, mais aussi des annotations internes sur cet historique générées par un algorithme de recommandation propriétaire. En répondant à la demande d’accès, l’entreprise doit fournir au client son historique de visionnement complet. Cependant, elle peut dissocier (caviarder) les parties du dossier qui révéleraient le fonctionnement interne de son algorithme confidentiel. De même, si un dossier contient des informations sur un autre utilisateur, ces informations doivent être dissociées pour protéger la vie privée de cet autre individu. Un refus global de fournir l’historique de visionnement constituerait une violation de la LPRPDE.

La gestion des demandes d’accès nécessite un processus interne clair et documenté. Vous devez être en mesure d’identifier les renseignements personnels, de les distinguer des renseignements commerciaux protégés et de fournir une réponse rapide et complète pour toutes les données non exemptées. Refuser entièrement une demande ou ne pas répondre à temps peut entraîner des plaintes auprès du Commissaire à la protection de la vie privée et nuire à la confiance bâtie avec votre client.

Cases pré-cochées : Pourquoi sont-elles illégales pour obtenir le consentement au Canada ?

La case pré-cochée est peut-être le symbole le plus flagrant de l’échec des anciens modèles de consentement. C’est un choix de conception qui présume le consentement et repose sur le fait qu’un utilisateur ne remarque pas ou n’agit pas pour se retirer. Cela est fondamentalement contraire au principe du consentement valable, qui doit être un acte positif et délibéré. Au Canada, s’appuyer sur l’inaction, le silence ou une case pré-cochée n’est pas un moyen valide d’obtenir le consentement pour quoi que ce soit qui dépasse ce qui est strictement nécessaire au fonctionnement d’un service.

Le consentement doit être exprès (opt-in), et non implicite (opt-out), pour toute utilisation de renseignements personnels qui n’est pas centrale au service fourni. Cela est particulièrement vrai pour des activités comme le partage de données avec des tiers à des fins de marketing, l’activation de cookies de suivi ou l’envoi de courriels promotionnels. Vous devez demander l’autorisation explicitement, et l’utilisateur doit la donner activement — par exemple, en cochant une case vide.

Bien qu’il s’agisse d’un principe général sous la LPRPDE, la Loi 25 du Québec a rendu cette exigence incontestable, particulièrement pour le suivi numérique. La loi est sans équivoque, faisant du Québec la seule juridiction en Amérique du Nord qui exige un opt-in explicite pour toutes les technologies de suivi comme les cookies. Cela aligne la norme du Québec sur le RGPD européen et représente un changement significatif par rapport au modèle d’opt-out courant aux États-Unis. Pour les entreprises habituées à charger automatiquement des cookies d’analyse et de publicité, cela nécessite un changement fondamental d’approche. Vous ne pouvez pas placer ces traceurs avant que l’utilisateur n’ait donné son consentement explicite et affirmatif.

En tant que directeur marketing, cela a un impact direct sur la conception de votre bannière de cookies et sur l’ensemble de votre stratégie d’analyse. L’ère du consentement présumé est terminée. Le nouveau paradigme est une approche de « consentement d’abord » où aucune donnée non essentielle n’est collectée ou traitée tant que l’utilisateur n’a pas fait un choix clair, éclairé et actif de l’autoriser. Ce choix de conception fait plus qu’assurer la conformité ; il envoie un signal fort aux utilisateurs indiquant que vous respectez leur autonomie et leurs données.

Points clés à retenir

  • Le consentement valable est un dialogue continu, pas une case à cocher unique, nécessitant clarté et conception centrée sur l’utilisateur.
  • Le paysage de la vie privée au Canada est fragmenté ; la Loi 25 du Québec fixe souvent la barre la plus haute avec son accent sur le consentement explicite et positif.
  • Les pratiques telles que le consentement couplé et les cases pré-cochées ne sont plus défendables juridiquement et érodent la confiance des utilisateurs.

Comment créer un cadre de « confidentialité dès la conception » pour votre nouvelle application mobile ?

Tout ce dont nous avons discuté — du langage clair pour les mineurs aux cases non cochées — pointe vers une stratégie unique et puissante : la confidentialité dès la conception (Privacy by Design – PbD). Concept créé par l’ancienne commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario, Ann Cavoukian, la PbD est une approche qui intègre la protection de la vie privée dans l’architecture même de vos technologies, systèmes et pratiques commerciales. Au lieu d’essayer de « greffer » la conformité à la vie privée après coup, vous la construisez dès le départ. Pour un directeur marketing lançant une nouvelle application mobile, ce n’est pas seulement une meilleure pratique ; c’est le moyen le plus efficace d’assurer une conformité à long terme et de bâtir une confiance durable avec les utilisateurs.

Un cadre PbD signifie qu’à chaque étape du développement de votre application — du concept initial au design final de l’interface utilisateur — vous posez des questions critiques sur la vie privée. Quelle est la quantité minimale absolue de données que nous devons collecter ? Comment pouvons-nous donner aux utilisateurs un contrôle maximal sur leurs renseignements ? Comment pouvons-nous rendre nos paramètres de confidentialité clairs et intuitifs ? Cette approche proactive prévient les atteintes à la vie privée avant qu’elles ne se produisent, vous épargnant des refontes coûteuses et des dommages réputationnels par la suite.

Les sept principes fondamentaux de la PbD fournissent une feuille de route pour la mise en œuvre :

  • Proactif et non réactif : Anticipez et prévenez les risques d’atteinte à la vie privée avant qu’ils ne surviennent.
  • La confidentialité par défaut : Assurez-vous que le niveau de confidentialité le plus élevé est le paramètre par défaut. Les utilisateurs ne devraient pas avoir à chercher des moyens de se protéger. C’est une exigence légale sous la Loi 25.
  • Confidentialité intégrée au design : Intégrez les considérations de vie privée dans la conception et l’architecture de base de vos systèmes.
  • Fonctionnalité complète : Prouvez que la vie privée et la fonctionnalité ne s’excluent pas mutuellement. Visez un résultat « gagnant-gagnant » qui accommode tous les intérêts légitimes.
  • Sécurité de bout en bout : Protégez les données tout au long de leur cycle de vie, de la collecte à la suppression sécurisée.
  • Visibilité et transparence : Agissez conformément à vos promesses et politiques, et rendez vos processus vérifiables.
  • Respect de la vie privée de l’utilisateur : Gardez les intérêts de l’utilisateur individuel au premier plan en offrant des paramètres par défaut solides et des contrôles conviviaux.

La mise en œuvre de la PbD implique également des processus formels tels que la réalisation d’une Évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (ÉFVP) avant de lancer une nouvelle technologie. C’est une autre exigence légale en vertu de la Loi 25 pour tout nouveau projet impliquant des renseignements personnels. Une ÉFVP est un processus systématique pour identifier et atténuer les risques d’atteinte à la vie privée, garantissant que votre application est non seulement innovante, mais aussi responsable.

En adoptant une mentalité de « Confiance par conception », vous passez d’une posture défensive axée sur la conformité à une posture proactive centrée sur l’utilisateur. C’est ainsi que vous construisez une application — et une marque — en laquelle les clients auront non seulement l’utilité, mais aussi confiance. Commencez dès aujourd’hui en auditant vos flux de consentement actuels sous l’angle de la clarté, du choix et du respect.

Rédigé par Evelyn Chen, Technology, Privacy, and Intellectual Property Counsel operating out of the Waterloo Region tech hub. Specialises in digital law, SaaS contracts, and data protection compliance under PIPEDA and Bill C-25.