
Accepter une responsabilité illimitée est une impasse ; votre contrat doit être un bouclier financier, et non un risque financier.
- Un plafond de responsabilité est non négociable et doit être calibré en fonction de vos honoraires ou, plus stratégiquement, de votre couverture d’assurance Erreurs et Omissions (E&O).
- Vous devez explicitement exclure les dommages indirects, en particulier les « pertes de profits », afin de prévenir des réclamations catastrophiques et imprévisibles.
Recommandation : Ne traitez pas votre clause de responsabilité comme une simple ligne de contrat, mais comme un système de défense à plusieurs niveaux qui fonctionne en tandem avec votre assurance et vos dispositions d’indemnisation.
Lorsqu’un client important dépose un contrat sur la table, l’enthousiasme est palpable. Mais ensuite, vous la voyez : une clause exigeant que vous acceptiez une responsabilité illimitée pour tout ce qui pourrait mal tourner. Cela ressemble à une menace, à une demande de parier toute votre agence sur ce seul projet. De nombreux propriétaires d’agences se sentent poussés à céder, croyant que c’est le prix à payer pour décrocher un compte majeur. Ils pourraient atténuer la clause, en espérant le meilleur, ou se concentrer uniquement sur l’obtention d’un plafond « raisonnable ».
Cette approche est une erreur stratégique. Une clause de limitation de responsabilité (LoL) n’est pas seulement un élément juridique standard à négocier. C’est le principal bouclier financier protégeant votre bilan, les emplois de votre équipe et votre avenir. Le fait que les clauses de limitation de responsabilité figurent parmi les termes les plus négociés dans les contrats démontre leur importance critique pour la stabilité des entreprises. L’objectif n’est pas seulement d’obtenir un plafond, mais de construire un système de défense robuste et multicouche.
Mais et si la clé n’était pas seulement de plafonner la responsabilité, mais de la détourner stratégiquement ? Ce guide va au-delà des conseils génériques. Nous allons démanteler les composants d’une clause de responsabilité puissante, adaptée à une agence de marketing canadienne. Nous explorerons comment calibrer votre plafond, construire des pare-feu contre les dommages catastrophiques comme les pertes de profits, et comprendre le paysage juridique unique dans des provinces comme le Québec. Voici votre manuel pour transformer une négociation à enjeux élevés en un renforcement stratégique de la résilience de votre agence.
Pour naviguer dans cette négociation critique, nous allons décomposer les éléments essentiels de votre armure contractuelle. Cet article fournit une feuille de route claire, allant de la fixation du bon plafond de responsabilité à la compréhension de la manière dont votre police d’assurance constitue votre ultime filet de sécurité.
Sommaire : Guide stratégique pour limiter vos risques contractuels
- Plafond fixe vs limites d’assurance : Quel plafond de responsabilité vous protège le mieux ?
- Dommages indirects : Pourquoi exclure les « pertes de profits » de votre responsabilité ?
- Peut-on limiter la responsabilité pour sa propre faute lourde au Canada ?
- Pourquoi votre plafond de responsabilité pourrait être inutile dans un contrat de consommation au Québec ?
- Indemnisation vs Limitation : Comment travaillent-elles ensemble pour protéger votre bilan ?
- Négligence en affaires : Quand êtes-vous responsable de la blessure d’un fournisseur dans vos locaux ?
- Base des réclamations vs base de la survenance : Pourquoi changer d’assureur E&O peut vous laisser sans couverture ?
- Comment se défendre contre une poursuite en négligence professionnelle si vous avez suivi les procédures standards ?
Plafond fixe vs limites d’assurance : Quel plafond de responsabilité vous protège le mieux ?
La première couche, et la plus cruciale, de votre bouclier financier est le plafond global de responsabilité. Il s’agit du montant maximum absolu que votre agence aurait à payer si une réclamation découlait de votre travail. Un client demandant une « responsabilité illimitée » vous demande de signer un chèque en blanc. Votre contre-offre tombera généralement dans l’une de ces deux catégories : un plafond fixe ou un plafond lié à votre assurance.
Un plafond fixe est souvent lié à la valeur du contrat. Un point de départ courant consiste à limiter la responsabilité au total des honoraires payés par le client au cours des 12 derniers mois. Cela semble logique et proportionné. Cependant, pour un petit projet ponctuel, ce montant pourrait être dangereusement bas, tandis que pour un contrat de mandat important sur plusieurs années, cela pourrait représenter une somme substantielle menaçant votre entreprise.
Une stratégie plus robuste consiste à lier votre plafond de responsabilité directement à votre assurance responsabilité professionnelle Erreurs et Omissions (E&O). Par exemple, si vous avez une police E&O de 1 million de dollars, vous plafonneriez votre responsabilité à ce montant. Cette approche présente un avantage majeur : elle aligne votre risque contractuel directement sur votre garantie financière. Vous dites essentiellement au client que votre responsabilité est couverte par une source dédiée et pré-financée. Cela ajoute une immense crédibilité à votre position et déplace la négociation d’un chiffre abstrait vers une réalité concrète et assurable. Certains négociateurs utilisent même une approche hybride, fixant un plafond de base (ex: honoraires payés) pour les réclamations générales et un plafond plus élevé (jusqu’à la limite d’assurance) pour des manquements spécifiques plus graves.

Comme le suggère ce contraste visuel, le choix se porte entre un pool de ressources fini et autofinancé (le plafond fixe) et un filet de sécurité plus large, soutenu par l’extérieur (l’assurance). Pour la plupart des agences, ancrer votre responsabilité à votre assurance offre une position beaucoup plus forte et défendable. Cela démontre un professionnalisme et une approche mature de la gestion des risques, rassurant le client sur le fait que toute réclamation légitime sera honorée sans mettre votre agence en faillite.
Dommages indirects : Pourquoi exclure les « pertes de profits » de votre responsabilité ?
Bien qu’un plafond général de responsabilité soit votre première ligne de défense, cela ne suffit pas. Les réclamations les plus dévastatrices financièrement ne proviennent souvent pas du coût direct de la correction d’une erreur, mais de dommages indirects ou « consécutifs ». Pour une agence de marketing, le plus dangereux d’entre eux est le « manque à gagner » du client.
Imaginez que votre agence lance une campagne publicitaire numérique qui n’est pas performante. Le dommage direct pourrait être les honoraires que le client vous a payés pour cette campagne. Cependant, le client pourrait soutenir qu’en raison de la mauvaise campagne, il a perdu des millions de dollars en ventes potentielles. Cette demande d’indemnisation pour perte de profits est un dommage indirect. C’est spéculatif, presque impossible à réfuter, et cela peut dégénérer en une somme qui dépasse de loin la valeur de votre contrat ou même votre limite d’assurance. Ce n’est pas un risque ; c’est un événement de faillite potentiel.
Par conséquent, votre contrat doit contenir une clause claire et sans ambiguïté qui exclut explicitement la responsabilité pour tous les dommages indirects et consécutifs, y compris, mais sans s’y limiter, les pertes de profits, les pertes de revenus ou la perte d’opportunités d’affaires. Il ne s’agit pas d’une tactique de négociation agressive ; c’est une pratique commerciale standard et un élément fondamental de votre gestion des risques. Vous êtes responsable de la qualité de vos services, pas de garantir la rentabilité future de votre client, laquelle est soumise à d’innombrables facteurs de marché échappant à votre contrôle.
Le tableau suivant illustre les types d’exclusions qui sont généralement respectées par les tribunaux canadiens dans les accords B2B, soulignant l’importance d’un langage contractuel clair.
| Type d’exclusion | Opposabilité au Canada | Considération clé |
|---|---|---|
| Pertes de profits / Dommages indirects | Généralement opposable | Doit être clairement stipulé dans le contrat |
| Fraude / Malhonnêteté | Non opposable | Contraire à l’ordre public |
| Faute lourde (Gross Negligence) | Non opposable au Québec | Article 1474 du Code civil du Québec |
| Préjudice corporel ou moral | Non opposable | Protégé par la loi |
Comme le confirme une analyse détaillée du droit des contrats canadien, les tribunaux maintiendront généralement une exclusion bien rédigée des pertes de profits entre parties commerciales averties. Ne pas inclure cette exclusion est l’une des erreurs les plus coûteuses qu’une agence puisse commettre.
Peut-on limiter la responsabilité pour sa propre faute lourde au Canada ?
Même le bouclier financier le plus soigneusement construit a ses limites. Le droit canadien, reflétant l’ordre public, trace une ligne ferme face à certains types de comportements. Vous pouvez limiter votre responsabilité pour une négligence ordinaire — une erreur honnête ou un oubli — mais vous ne pouvez généralement pas vous protéger des conséquences d’une faute lourde ou d’une inconduite intentionnelle.
La faute lourde n’est pas qu’une simple erreur. Elle implique une insouciance téméraire ou un écart marqué par rapport à la norme de soin attendue d’un professionnel. Imaginez ignorer des risques évidents et significatifs que n’importe quelle agence raisonnable aurait traités. Parce que ce comportement s’écarte tellement des normes professionnelles, les tribunaux refusent de laisser les parties s’exonérer contractuellement de leur responsabilité à cet égard.
Ceci est particulièrement codifié dans le cadre juridique du Québec. Comme le souligne une analyse juridique, les règles de la province sont explicites :
Au Québec, les parties commerciales ne peuvent généralement pas exclure la responsabilité pour une faute intentionnelle ou lourde ; des dommages punitifs ou exemplaires ; ou des dommages corporels ou moraux.
– Analyse juridique, Lexology – Limiter la responsabilité contractuelle au Canada
Dans les provinces de common law du Canada (partout hors Québec), le principe est similaire, bien qu’il soit généralement jugé sur la base d’un concept d’« iniquité ». Une clause qui tenterait d’excuser un comportement téméraire serait probablement annulée par un tribunal comme étant fondamentalement injuste. Par conséquent, votre clause de limitation de responsabilité devrait contenir des « exclusions d’exclusion », précisant que le plafond ne s’applique pas aux manquements tels que la fraude, l’inconduite délibérée ou la faute lourde. Bien qu’il puisse sembler contre-intuitif de créer des exceptions dans votre propre clause de protection, cela la renforce en réalité. Cela montre au tribunal que vous négociez de bonne foi et que vous ne cherchez pas à échapper à la responsabilité d’actes flagrants, ce qui rend plus probable le maintien des limitations de base pour la négligence ordinaire.
Pourquoi votre plafond de responsabilité pourrait être inutile dans un contrat de consommation au Québec ?
Le pouvoir de limiter votre responsabilité par contrat est une pierre angulaire du commerce interentreprises (B2B) au Canada. Cela permet à deux parties averties de négocier et de répartir librement les risques. Cependant, le paysage juridique change radicalement lorsque votre client est un consommateur individuel, particulièrement au Québec. Les lois robustes de la province en matière de protection du consommateur peuvent rendre une clause standard de limitation de responsabilité totalement nulle.
Le Code civil du Québec vise à protéger la partie la plus faible dans une négociation. Il fait une distinction nette entre un « contrat d’adhésion » (un contrat standard non négociable, comme les conditions d’utilisation) et un accord B2B librement négocié. Dans un contexte de consommation ou d’adhésion, les clauses qui limitent la responsabilité du fournisseur pour ses obligations essentielles sont vues avec une extrême méfiance et sont souvent inopposables. Plus précisément, comme confirmé par des experts juridiques canadiens, les articles 1474 et 1475 du Code civil du Québec interdisent toute limitation de responsabilité pour faute intentionnelle, faute lourde, ou pour préjudice corporel ou moral.
Cette distinction a été puissamment affirmée dans une décision historique de la Cour suprême du Canada qui apporte de la clarté aux agences B2B.
Étude de cas : La décision Prelco de la Cour suprême
Dans l’affaire 6362222 Canada inc. c. Prelco inc. de 2021, la Cour suprême du Canada a examiné une clause de limitation de responsabilité dans un contrat B2B régi par le droit québécois. Une partie soutenait que la clause ne devrait pas s’appliquer car l’autre partie avait manqué à une « obligation fondamentale » du contrat. La Cour n’était pas d’accord, statuant que dans un contrat librement négocié entre deux entreprises, une clause LoL claire est valide et exécutoire, même en cas de manquement majeur. Comme l’a noté le cabinet d’avocats Fasken dans son analyse, la cour a explicitement limité la doctrine du manquement fondamental aux contrats de consommation et d’adhésion, renforçant ainsi le pouvoir des parties B2B de fixer leurs propres conditions.

Pour votre agence, le message est clair. Si vous travaillez avec d’autres entreprises au Canada, y compris au Québec, vous êtes sur un terrain solide pour négocier une limitation de responsabilité robuste. L’affaire Prelco fournit une autorité forte en ce sens. Mais si votre travail implique des contrats directement avec des consommateurs individuels, particulièrement au Québec, vous devez supposer que votre capacité à limiter la responsabilité est sévèrement restreinte et demander un avis juridique spécifique.
Indemnisation vs Limitation : Comment travaillent-elles ensemble pour protéger votre bilan ?
La limitation de responsabilité et l’indemnisation sont deux des clauses de gestion des risques les plus critiques de votre contrat, mais elles sont souvent confondues. Elles ne sont pas identiques ; ce sont deux outils distincts de votre armure contractuelle qui servent des objectifs différents mais doivent fonctionner en harmonie. Comprendre la différence est la clé pour construire une défense financière vraiment complète.
Une clause de Limitation de Responsabilité (LoL) est un bouclier interne. Elle vous protège des réclamations formulées par l’autre partie au contrat — votre client. Elle fixe un plafond aux dommages-intérêts que vous auriez à lui payer directement si vous enfreignez l’accord. Il s’agit de gérer le risque entre vous deux.
Une clause d’Indemnisation, quant à elle, est un bouclier externe. Elle vous protège contre les réclamations déposées par un tiers. Par exemple, si votre agence crée une publicité utilisant une image qui viole les droits d’auteur d’un photographe, le photographe (un tiers) pourrait poursuivre à la fois votre agence et votre client. Une clause d’indemnisation de votre client exigerait qu’il couvre vos frais juridiques et tous les dommages-intérêts que vous devriez payer au photographe. C’est une promesse d’une partie de couvrir les pertes de l’autre résultant d’une poursuite extérieure.
L’interaction entre ces deux clauses est critique. Un piège courant dans les négociations est d’avoir une clause LoL qui plafonne toute responsabilité, mais une clause d’indemnisation qui crée une responsabilité illimitée pour des problèmes spécifiques comme la violation de la propriété intellectuelle. Cela crée une ambiguïté dangereuse. Votre contrat doit être clair sur le fait de savoir si le plafond général de responsabilité s’applique aux obligations d’indemnisation. En tant que meilleure pratique, certaines indemnités (comme celles pour les réclamations de propriété intellectuelle de tiers) sont souvent exclues du plafond principal de responsabilité, ce qui signifie qu’elles sont illimitées. C’est souvent juste, mais vous devez en être conscient et vous assurer que le risque est gérable ou couvert par votre assurance.
Ce tableau résume les différences clés :
| Aspect | Limitation de responsabilité | Indemnisation |
|---|---|---|
| Objectif | Plafonne les dommages entre les parties contractantes | Protection contre les réclamations de tiers |
| Direction | Vous protège contre les réclamations du client | Le client vous protège contre les poursuites externes |
| Portée typique | Limitée à la valeur du contrat ou à l’assurance | Souvent illimitée pour les violations de PI |
| Interaction | Doivent être cohérentes l’une avec l’autre | L’indemnisation est souvent exclue des plafonds |
Comme l’affirme l’expert en contrats Colin S. Levy dans un article pour Contract Nerds, la cohérence est primordiale. Une relation ambiguë entre ces clauses peut rendre votre contrat beaucoup plus risqué que vous ne le réalisez. L’objectif est de s’assurer que vos boucliers internes et externes sont correctement alignés.
Négligence en affaires : Quand êtes-vous responsable de la blessure d’un fournisseur dans vos locaux ?
Le risque de votre agence ne provient pas seulement du travail de votre propre équipe ; il découle également de vos relations avec les fournisseurs, les pigistes et les sous-traitants. Si un photographe pigiste que vous avez engagé glisse et tombe dans votre bureau, ou si le travail d’un sous-traitant entraîne une réclamation d’un client, où réside la responsabilité ? Sans dispositions contractuelles claires, elle pourrait facilement retomber sur vous. C’est pourquoi une stratégie de « répercussion » (flow-down) est essentielle.
Le principe de la répercussion est simple : vous vous assurez que les mêmes obligations de gestion des risques (ou des obligations similaires) que vous avez envers votre client sont transmises à vos propres fournisseurs et sous-traitants. Si vous avez accepté un plafond de responsabilité de 1 million de dollars avec votre client, vous ne devriez pas accepter une responsabilité illimitée de la part du pigiste sur lequel vous comptez pour réaliser le projet. Votre objectif est de créer une chaîne de responsabilité cohérente, où chaque partie est responsable des risques sous son contrôle direct.
Ne pas le faire crée un écart dangereux. Imaginez que votre client vous poursuive pour un défaut dans un logiciel développé par votre sous-traitant. Votre contrat avec le client plafonne votre responsabilité à 50 000 $. Mais votre contrat avec le sous-traitant ne prévoit aucun plafond. Le sous-traitant pourrait être jugé responsable de millions de dollars, faire faillite et vous laisser payer les 50 000 $ à votre client de votre propre poche. Une clause de répercussion appropriée aurait limité la responsabilité du sous-traitant envers vous, reflétant la limite que vous avez avec votre client, et garantissant qu’il dispose de sa propre assurance pour la couvrir.
Les politiques d’approvisionnement du gouvernement du Canada démontrent cette meilleure pratique, exigeant une évaluation approfondie des risques et des clauses de responsabilité documentées pour leurs entrepreneurs. Votre agence devrait adopter un niveau de diligence similaire dans sa propre chaîne d’approvisionnement.
Plan d’action : Mise en œuvre d’une stratégie de répercussion
- Responsabilité de base : Incluez un langage juridique standard dans tous les contrats de sous-traitance stipulant que chaque partie est responsable des risques et responsabilités découlant de ses propres actions ou négligences.
- Exiger une assurance : Exigez que tous les sous-traitants et fournisseurs clés détiennent leur propre assurance responsabilité civile professionnelle (E&O) et générale. Demandez toujours un certificat d’assurance comme preuve avant le début des travaux.
- Refléter les clauses clés : Répercutez les clauses de limitation de responsabilité et d’indemnisation de votre contrat client principal dans vos contrats de sous-traitance. Les limites et les obligations doivent être cohérentes.
- Documenter le transfert de risque : Documentez clairement quelle partie est responsable de risques spécifiques. Pour les projets à haut risque, demandez à votre conseiller juridique de réviser les dispositions de répercussion pour vous assurer qu’il n’y a pas de lacunes.
- Contrôler vos locaux : Pour les fournisseurs visitant vos bureaux, assurez-vous de respecter votre devoir de diligence en vertu des lois provinciales sur la responsabilité des occupants en maintenant un environnement sûr afin de minimiser le risque de réclamations pour blessures physiques.
Base des réclamations vs base de la survenance : Pourquoi changer d’assureur E&O peut vous laisser sans couverture ?
Votre assurance Erreurs et Omissions (E&O) est l’ultime rempart pour votre clause de limitation de responsabilité. Elle fournit les fonds réels pour payer une réclamation, de sorte que votre agence n’ait pas à le faire. Cependant, toutes les polices ne sont pas créées égales, et comprendre une distinction critique — « base des réclamations » (claims-made) par rapport à « base de la survenance » (occurrence) — est vital pour vous assurer de ne pas avoir de lacune catastrophique dans votre couverture.
La plupart des polices de responsabilité professionnelle pour les agences sont des polices « à base de réclamations ». Cela signifie que la police qui répond à une réclamation est celle que vous avez en vigueur *au moment où la réclamation est faite*, indépendamment du moment où le travail a été réellement effectué. C’est différent d’une police « à base de survenance » (courante pour la responsabilité civile générale), où la police en vigueur au moment où l’incident *s’est produit* est celle qui paie.
Voici le danger : si vous passez de l’assureur A à l’assureur B, votre nouvelle police avec l’assureur B ne couvrira que les réclamations pour le travail effectué après une « date rétroactive » spécifique. En général, cette date est le jour où vous avez commencé votre couverture E&O continue. Mais s’il y a une erreur dans la fixation de cette date, ou si vous avez eu une interruption de couverture, tout travail effectué avant la nouvelle date rétroactive n’est absolument pas assuré. Un client pourrait déposer une réclamation demain pour un projet que vous avez réalisé il y a trois ans, et si la date rétroactive de votre nouvelle police ne remonte qu’à un an, vous vous retrouveriez sans aucune couverture. Cela fait du changement d’assureur une activité à haut risque si elle n’est pas gérée avec soin.

Lorsque vous résiliez une police à base de réclamations (par exemple, si vous prenez votre retraite ou fermez l’entreprise), cet écart devient une certitude. Pour vous protéger, vous devez souscrire une « garantie subséquente » (tail coverage), également appelée période de déclaration prolongée. Il s’agit d’un avenant qui prolonge le délai dont vous disposez pour déclarer les réclamations pour des travaux effectués dans le passé. C’est coûteux, représentant souvent 150 à 250 % de votre dernière prime annuelle pour une garantie de plusieurs années, mais c’est le seul moyen de s’assurer que vos travaux passés restent protégés.
Points clés à retenir
- Votre plafond de responsabilité est un atout stratégique ; alignez-le sur votre couverture d’assurance, pas seulement sur vos honoraires.
- Excluez toujours les dommages indirects, en particulier les « pertes de profits », pour éviter des réclamations spéculatives qui pourraient couler l’entreprise.
- Votre capacité à limiter la responsabilité est plus forte dans les contrats B2B ; méfiez-vous des règles plus strictes dans les contrats de consommation, en particulier au Québec.
Comment se défendre contre une poursuite en négligence professionnelle si vous avez suivi les procédures standards ?
Même avec les meilleurs contrats et assurances, une réclamation peut survenir. Un client peut être mécontent des résultats d’une campagne et prétendre que votre agence a été négligente. C’est un moment stressant et effrayant, mais il est important de se rappeler la norme à laquelle vous êtes tenu. Le test juridique pour la négligence professionnelle n’est pas la perfection ; c’est la norme d’un professionnel raisonnablement compétent dans votre domaine.
C’est votre défense principale. Si vous pouvez démontrer que vous avez suivi une procédure documentée et standard, adhéré aux meilleures pratiques de l’industrie et exercé la compétence et la diligence attendues d’une agence similaire au Canada, vous avez une position défensive solide. Votre objectif est de montrer que, même si le résultat n’était pas celui espéré par le client, votre processus était sain. Comme le confirment les commentaires juridiques sur ce sujet, c’est le critère de référence utilisé par les tribunaux.
Les tribunaux canadiens n’attendent pas la perfection, mais plutôt la compétence et la diligence d’une agence raisonnablement compétente dans le même domaine, ce qui constitue une position défendable.
– Commentaire juridique, Normes de négligence professionnelle au Canada
C’est ici que vos processus internes et votre documentation deviennent vos atouts les plus précieux en cas de litige. Votre défense reposera sur vos briefs de projet, les approbations des clients (particulièrement pour les textes publicitaires, les budgets et la création), les rapports d’étape et les données analytiques. Cette trace écrite démontre votre professionnalisme et votre adhésion à un processus standard. Elle déplace l’argument d’un débat subjectif sur les résultats vers un examen objectif de vos actions. Avez-vous obtenu l’approbation écrite pour la stratégie de campagne ? Avez-vous surveillé les performances et fait rapport au client ? Avez-vous effectué des ajustements basés sur les données ? Si la réponse est oui, vous construisez un dossier solide prouvant que vous avez respecté la norme de diligence.
Face à une réclamation, votre premier appel devrait être destiné à votre assureur. Il nommera un conseiller juridique expérimenté dans la défense des professionnels. Votre rôle est de fournir à ce conseiller un dossier complet et organisé de votre processus. Votre diligence dans la gestion de projet aujourd’hui devient votre meilleure défense demain.
En fin de compte, une clause de limitation de responsabilité est la dernière ligne de défense de votre agence. En la négociant de manière stratégique, en l’alignant sur votre assurance et en l’appuyant par des procédures professionnelles documentées, vous n’êtes pas difficile — vous êtes un propriétaire d’entreprise responsable, protégeant l’avenir que vous avez travaillé si dur à bâtir.
Foire aux questions sur l’assurance E&O pour les agences canadiennes
Quelle est la date rétroactive de ma nouvelle police E&O ?
La date rétroactive détermine quels travaux passés sont couverts. Tout travail effectué avant cette date ne sera pas couvert par la nouvelle police.
Quels sont les coûts pour les options de garantie subséquente (tail coverage) de 1, 3 et 5 ans ?
La garantie subséquente coûte généralement de 150 à 250 % de la dernière prime annuelle, mais elle est essentielle lors d’un changement d’assureur ou de la fermeture de votre entreprise pour couvrir les travaux effectués dans le passé.
La nouvelle police couvre-t-elle les travaux effectués sous mon ancienne structure d’entreprise ?
Vérifiez la continuité de la couverture si vous êtes passé d’une entreprise individuelle à une société par actions ou si vous avez subi d’autres changements structurels. Vous devrez peut-être vous assurer que la nouvelle police nomme explicitement l’entité précédente pour éviter les lacunes de couverture.