
Une vérification diligente juridique efficace pour l’acquisition d’une entreprise canadienne n’est pas une simple liste de contrôle passive, mais une enquête forensique active conçue pour découvrir les passifs cachés qui peuvent compromettre l’ensemble de votre investissement.
- Les poursuites non déclarées, les obligations héritées envers les employés et les dettes fiscales non résolues représentent des faiblesses structurelles critiques qu’un examen financier standard ne décèlera pas.
- La vérification de la propriété des actifs, de la propriété intellectuelle à l’équipement physique, nécessite de naviguer dans un dédale complexe de registres fédéraux et provinciaux.
Recommandation : Adoptez un état d’esprit protecteur et investigateur. Votre objectif principal est de prouver que l’entreprise est aussi saine que le prétend le vendeur en recherchant activement des preuves du contraire.
Pour un investisseur, l’acquisition d’une PME au Canada représente l’aboutissement d’un rêve : une chance de prendre le contrôle de son avenir et de bâtir une valeur durable. Cependant, ce rêve peut rapidement se transformer en cauchemar financier si vous héritez du fardeau juridique non divulgué du vendeur. De nombreux acheteurs se concentrent exclusivement sur les états financiers, supposant qu’une entreprise rentable est une entreprise saine. C’est une erreur critique. Les risques les plus catastrophiques sont souvent invisibles, enfouis dans l’historique d’emploi, les empreintes numériques ou les dossiers gouvernementaux.
Le conseil courant consistant à simplement « examiner les contrats » ou « embaucher un avocat » est dangereusement insuffisant. Il favorise un exercice passif de cochage de cases. Une approche véritablement protectrice exige un changement d’état d’esprit : vous n’êtes pas un réviseur, vous êtes un enquêteur forensique. Votre mission est de creuser plus profondément que les divulgations du vendeur et de traquer proactivement les faiblesses structurelles qui pourraient couler votre nouvelle entreprise. Cela signifie comprendre le paysage juridique unique et multicouche du Canada, où les lois fédérales et provinciales s’entrecroisent pour créer un labyrinthe juridictionnel complexe.
Ce guide abandonne la liste de contrôle générique au profit d’un cadre d’enquête. Nous disséquerons les domaines les plus critiques où se cachent des passifs occultes, des poursuites fantômes et des obligations syndicales héritées aux problèmes de PI invisibles et aux dettes fiscales inattendues. En adoptant cette approche forensique, vous transformez la vérification diligente d’une formalité défensive en votre outil le plus puissant de protection du capital, garantissant que l’entreprise que vous achetez est bien celle qu’on vous a promise.
Cet article fournit une feuille de route détaillée pour votre enquête juridique. Vous trouverez ci-dessous un résumé des étapes forensiques clés que nous explorerons pour vous aider à sécuriser votre investissement.
Résumé : Comment mener une vérification diligente juridique lors de l’achat d’une petite entreprise au Canada ?
- La poursuite cachée : Comment trouver les litiges non déclarés pendant la vérification diligente ?
- Droits de succession : Hériterez-vous du syndicat et de l’ancienneté des employés ?
- Chaîne de titres : Comment vérifier que l’entreprise cible possède réellement son code ?
- Le certificat de décharge : Comment s’assurer de ne pas hériter de la dette fiscale du vendeur ?
- La salle de données virtuelle : Quand demander l’accès aux contrats sensibles ?
- Quand faire appel à des conseillers en F&A : Les 3 signaux que votre entreprise est prête à être vendue
- Comment interroger le registre de la LSRP pour éviter d’acheter des actifs grevés ?
- Comment choisir le bon avocat pour une transaction immobilière commerciale de 2 M$ à Toronto ?
La poursuite cachée : Comment trouver les litiges non déclarés pendant la vérification diligente ?
Un vendeur peut ne pas divulguer tous les litiges passés, en cours ou même menacés. Un document de divulgation « propre » n’est pas une preuve d’un historique vierge ; c’est simplement une affirmation à vérifier. Votre enquête forensique doit commencer par une plongée profonde dans les dossiers publics et internes pour découvrir des conflits qui pourraient se manifester sous forme de passifs futurs. Ce processus va bien au-delà de la simple demande au vendeur de fournir une liste de ses problèmes juridiques. Il nécessite une recherche systématique dans les bases de données judiciaires, les organismes de réglementation et même les communications internes de l’entreprise.

La recherche doit être méthodique. Commencez par des bases de données complètes comme CanLII, en utilisant le nom légal exact de l’entreprise ainsi que tous les noms commerciaux ou dénominations sociales (DBA). Étendez cette recherche aux noms personnels des cadres clés et des fondateurs, car leurs problèmes juridiques personnels peuvent parfois déborder sur l’entreprise. N’oubliez pas de consulter les bases de données spécifiques aux provinces, telles que SOQUIJ au Québec, pour les juridictions où l’entreprise exerce ses activités. Enfin, l’examen des procès-verbaux des réunions du conseil d’administration pour toute mention de « litige menacé » peut révéler des problèmes bien avant qu’ils ne deviennent des poursuites officielles. Le paysage de l’enquête moderne inclut également la forensique numérique. Comme le souligne la décision de la Cour suprême du Canada dans l’affaire R. c. Bykovets, l’empreinte numérique d’une entreprise peut être une source riche d’informations. Cette affaire, concernant la vie privée des adresses IP, souligne comment les activités en ligne peuvent révéler des litiges commerciaux cachés ou même des comportements frauduleux que les recherches traditionnelles manqueraient, renforçant la nécessité d’une stratégie de vérification diligente numérique globale.
Droits de succession : Hériterez-vous du syndicat et de l’ancienneté des employés ?
Au Canada, vous n’achetez pas seulement les actifs d’une entreprise ; vous pouvez également hériter de son histoire humaine. C’est la doctrine des « droits de succession », un concept juridique critique, particulièrement dans les environnements syndiqués. Selon la province et la structure de votre transaction — achat d’actifs ou achat d’actions — vous pourriez vous retrouver automatiquement lié par une convention collective existante, obligé d’honorer des décennies d’ancienneté des employés et responsable des indemnités de licenciement accumulées sous l’ancien propriétaire. Il s’agit de l’un des passifs cachés les plus importants pour les acheteurs de petites entreprises établies qui, selon les recherches de la BDC, représentent plus de 98 % de toutes les entreprises au Canada.
La distinction entre un achat d’actifs et un achat d’actions est fondamentale pour comprendre votre exposition. Dans un achat d’actions, vous achetez la société elle-même, avec ses forces et ses faiblesses. L’entité juridique continue d’exister et, par conséquent, toutes ses obligations, y compris les contrats de travail et les accords syndicaux, vous sont transférées sans interruption. Un achat d’actifs, où vous n’achetez que des actifs spécifiques de l’entreprise (comme l’équipement, les stocks et les listes de clients) plutôt que la société elle-même, peut parfois offrir un moyen de repartir à zéro. Cependant, les lois provinciales sur le travail, comme la Loi sur les relations de travail de l’Ontario ou le Code du travail du Québec, contiennent souvent des dispositions sur les droits de succession qui peuvent toujours lier un nouveau propriétaire à l’ancienne convention syndicale s’il y a une « continuité de l’entreprise ».
Le tableau suivant, basé sur les directives pour les acquisitions d’entreprises canadiennes, illustre les différences critiques dans le traitement des droits de succession selon la structure de la transaction. Il est essentiel d’analyser ces facteurs à la lumière de la législation provinciale spécifique qui régit l’entreprise cible.
| Aspect | Achat d’actifs | Achat d’actions |
|---|---|---|
| Reconnaissance syndicale | Peut éviter les obligations syndicales selon la loi provinciale | Hérite automatiquement de toutes les conventions syndicales |
| Ancienneté des employés | Peut être remise à zéro dans certaines provinces | Doit honorer toute l’ancienneté existante |
| Passifs de licenciement | Héritage limité (varie selon la province) | Hérite de tous les passifs de licenciement |
| Loi sur les relations de travail (Ontario) | Les droits de succession peuvent toujours s’appliquer | Les droits de succession s’appliquent pleinement |
| Code du travail (Québec) | Transfert automatique des obligations (Art. 45) | Transfert automatique de toutes les obligations |
Chaîne de titres : Comment vérifier que l’entreprise cible possède réellement son code ?
Pour toute entreprise ayant une composante numérique — d’une plateforme logicielle propriétaire à un simple site de commerce électronique — l’actif le plus précieux est souvent son code source. Une hypothèse courante est que si l’entreprise l’a développé, l’entreprise en est propriétaire. Au Canada, cette hypothèse peut être une erreur de plusieurs millions de dollars. Vérifier la « chaîne de titres » de la propriété intellectuelle (PI) est un exercice forensique visant à prouver que la propriété a été correctement et complètement transférée de chaque créateur à l’entreprise. Sans cette chaîne ininterrompue, vous pourriez acheter un produit que vous n’avez pas le droit légal d’utiliser, de modifier ou même de vendre.

L’enquête comporte plusieurs niveaux. Le premier concerne l’utilisation de contractuels et de pigistes. Ont-ils été engagés dans le cadre d’un contrat de louage d’ouvrage qui cédait explicitement tous les droits de PI à l’entreprise ? Une simple facture ne suffit pas. Le deuxième concerne l’utilisation de logiciels libres (open-source). Un audit doit être mené pour identifier tous les composants libres et s’assurer que l’entreprise s’est conformée à leurs licences respectives. Certaines licences (dites « copyleft ») peuvent vous obliger légalement à rendre public l’intégralité de votre code propriétaire si vous y avez incorporé ne serait-ce qu’un petit fragment de leur code. Enfin, et c’est un point unique au Canada, il y a les droits moraux. Contrairement aux États-Unis, la loi canadienne sur le droit d’auteur accorde aux créateurs des droits moraux perpétuels — le droit à l’intégrité de leur œuvre et le droit d’y être associés. Ces droits ne peuvent être cédés ou vendus ; ils ne peuvent être que renoncés explicitement par écrit.
Étude de cas : Le péril des droits moraux non renoncés dans une acquisition technologique canadienne
Une startup technologique prometteuse basée à Vancouver était aux étapes finales d’une acquisition lucrative. Lors de la vérification diligente juridique, l’avocat de l’acheteur a découvert une faille fatale dans la chaîne de titres de la PI. Plusieurs développeurs clés, qui étaient avec l’entreprise depuis sa création en tant que pigistes, n’avaient jamais signé de renonciation aux droits moraux. En vertu de la loi canadienne, cela leur donnait un veto potentiel sur toute modification future du code qu’ils avaient aidé à créer, car ils pouvaient prétendre que les modifications nuiraient à « l’intégrité » de leur œuvre originale. L’acquéreur, refusant de risquer un avenir où un ex-développeur mécontent pourrait stopper le développement du produit, s’est retiré de la transaction, rendant la valeur de la startup nulle du jour au lendemain.
Le certificat de décharge : Comment s’assurer de ne pas hériter de la dette fiscale du vendeur ?
L’un des passifs cachés les plus dangereux dans toute acquisition d’entreprise canadienne est la dette fiscale impayée du vendeur. En vertu de la loi, un acheteur d’actifs commerciaux peut être tenu personnellement responsable de la TPS/TVH, de la TVQ et des retenues à la source sur la paie impayées du vendeur. L’Agence du revenu du Canada (ARC) et les organismes fiscaux provinciaux comme Revenu Québec disposent d’outils de recouvrement puissants et n’hésiteront pas à poursuivre le nouveau propriétaire pour les obligations de l’ancien. Imaginez conclure une transaction de 500 000 $, pour recevoir ensuite un avis de cotisation de TVH de 100 000 $ de l’ARC pour une période antérieure à votre acquisition. Ce scénario n’est pas seulement possible ; c’est un piège courant pour les acheteurs imprudents.
Votre principal bouclier contre ce risque est le Certificat de décharge. Il s’agit d’un document délivré par l’ARC (et ses équivalents provinciaux) confirmant que la société vendeuse a réglé toutes ses obligations fiscales. L’assurance verbale du vendeur ou même une garantie dans le contrat d’achat est une protection insuffisante. La seule chose qui vous libère légalement de la responsabilité du vendeur est ce certificat officiel. Le problème ? L’obtenir n’est pas instantané. L’ARC elle-même note que le délai de traitement typique peut être de 60 à 120 jours, un délai qui s’étend souvent au-delà de la date de clôture souhaitée d’une transaction. Vous ne pouvez pas simplement attendre que le certificat arrive avant de conclure l’affaire.
C’est ici qu’une stratégie proactive de retenue contractuelle (holdback) devient votre outil de protection le plus important. En structurant le contrat d’achat pour conserver une partie du prix de vente dans le compte en fiducie de votre avocat, vous créez un fonds de garantie pour couvrir toute dette fiscale potentielle découverte après la clôture. Il ne s’agit pas d’une tactique conflictuelle ; c’est une mesure standard et prudente dans la pratique des F&A au Canada.
Votre plan d’action : La stratégie de retenue pour protection fiscale
- Structurez le contrat d’achat pour retenir 15 à 25 % du prix d’achat dans un compte séquestre ou de fiducie géré par un avocat.
- Exigez que le vendeur demande le Certificat de décharge fédéral de l’ARC immédiatement après la signature du contrat d’achat.
- Le cas échéant, assurez-vous que le vendeur demande également des certificats provinciaux distincts (ex. : de Revenu Québec pour les obligations de TVQ).
- Pour les vendeurs non résidents, confirmez qu’ils ont obtenu un Certificat de conformité en vertu de l’article 116 pour éviter une retenue d’impôt obligatoire de 25 % sur le prix d’achat.
- Ne libérez les fonds retenus au vendeur qu’après réception par votre avocat de tous les certificats de décharge requis confirmant un solde nul.
La salle de données virtuelle : Quand demander l’accès aux contrats sensibles ?
La salle de données virtuelle (SDV) est l’espace numérique sécurisé où le vendeur héberge tous les documents sensibles que vous et vos conseillers devez inspecter. Cependant, obtenir l’accès est un processus échelonné fondé sur une confiance et un engagement croissants. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que le vendeur révèle ses informations les plus sensibles — contrats clients, salaires des employés, plans stratégiques — dès le premier jour. Comprendre le moment et le protocole appropriés pour demander l’accès est la clé d’un processus de vérification diligente fluide et efficace. Précipiter cette étape peut vous faire passer pour un acheteur peu sérieux, tandis qu’agir trop lentement peut retarder votre enquête.
Les meilleures pratiques pour les acquisitions de PME canadiennes suivent généralement une approche en trois phases. La Phase 1 commence après que vous avez examiné les documents marketing initiaux anonymisés (la « notice d’information » ou IM) et signé un accord de non-divulgation (NDA). À ce stade, votre accès sera limité. La Phase 2 est déclenchée après la soumission d’une lettre d’intention (LOI) non contraignante. La LOI décrit le prix et les conditions potentiels de votre offre et devrait toujours inclure l’accès complet à la SDV comme condition préalable à une offre finale et contraignante. Cela montre au vendeur que vous êtes sérieux. La Phase 3 est la plongée profonde : 30 à 60 jours d’accès complet où vos équipes juridiques et financières mènent leur enquête forensique, en soumettant des questions structurées via la fonction Q&A de la SDV.
Une fois à l’intérieur de la SDV, votre travail consiste à traquer les signaux d’alarme. Les documents qu’elle contient ne sont pas seulement destinés à être lus ; ce sont des indices. Un contrat avec une clause de « changement de contrôle » pourrait permettre à un client clé de résilier son contrat lors de la vente de l’entreprise. Une subvention gouvernementale d’un organisme comme la BDC ou FedDev Ontario pourrait devoir être remboursée intégralement si l’entreprise est vendue. Votre enquête doit être guidée par une recherche systématique de ces types de clauses destructrices de valeur, comme indiqué dans le tableau suivant.
| Catégorie de document | Indicateurs d’alerte | Action requise |
|---|---|---|
| Contrats clients | Clauses de changement de contrôle | Négocier le consentement ou la renonciation |
| Subventions gouvernementales | Prêts BDC/FedDev avec déclencheurs de vente | Calculer les obligations de remboursement |
| Évaluations environnementales | ÉES de phase I datant de plus de 2 ans | Commander une nouvelle évaluation |
| Contrats de travail | Absence de clauses de non-concurrence | Négocier de nouveaux contrats |
| Baux commerciaux | Garanties personnelles du vendeur | Organiser la libération de la garantie |
Quand faire appel à des conseillers en F&A : Les 3 signaux que votre entreprise est prête à être vendue
Bien que ce guide se concentre sur le point de vue de l’acheteur, comprendre quand un vendeur fait appel à des conseillers professionnels est un élément de renseignement crucial. Un vendeur qui utilise des conseillers en F&A expérimentés est souvent mieux préparé, a des attentes d’évaluation plus réalistes et est mieux équipé pour un processus de vérification diligente structuré. À l’inverse, en tant qu’acheteur, reconnaître quand la complexité d’une transaction dépasse votre propre expertise est la décision la plus importante que vous puissiez prendre. Tenter de naviguer seul dans une acquisition complexe pour « économiser de l’argent » est une fausse économie qui peut mener à des erreurs catastrophiques. Votre avocat est non négociable, mais un conseiller en F&A ou un courtier d’affaires apporte une expertise stratégique, financière et de négociation.
Pour vous, en tant qu’acheteur, les mêmes signaux qui poussent un vendeur à embaucher un conseiller devraient vous inciter à vous assurer d’avoir un expert correspondant dans votre équipe. Vous devez refléter le niveau de sophistication du vendeur. Si la transaction présente l’une de ces caractéristiques, procéder sans un conseiller en F&A dédié à vos côtés représente un risque significatif :
- Complexité interprovinciale : L’entreprise cible a des activités ou des employés dans plusieurs provinces, telles que la Colombie-Britannique, l’Alberta, l’Ontario et le Québec. Chaque province a ses propres lois sur l’emploi, ses systèmes fiscaux et ses registres d’entreprises. Un conseiller est essentiel pour naviguer dans ce dédale juridictionnel.
- Implication dans un secteur réglementé : L’entreprise opère dans un secteur supervisé par des organismes fédéraux ou provinciaux stricts. Cela inclut des secteurs comme la santé (Santé Canada), les services financiers (BSIF) ou le cannabis. Les conseillers spécialisés dans ces niches comprennent les obstacles spécifiques en matière de licences et de conformité qui doivent être franchis.
- Structure de transaction complexe : La transaction proposée implique plus qu’un simple paiement en espèces. Des éléments tels que les prêts par le vendeur (VTB), où le vendeur finance une partie de la vente, ou les clauses d’indexation sur les bénéfices futurs (earn-outs), nécessitent une modélisation financière sophistiquée et une rédaction juridique protectrice qui sont le pain quotidien d’un conseiller en F&A.
S’entourer de la bonne équipe est l’acte ultime de protection du capital. Un conseiller expérimenté ne se contente pas de trouver des opportunités ; il les structure pour qu’elles survivent à l’épreuve de la réalité. Il anticipe les points de friction dans la négociation et travaille avec votre avocat pour s’assurer que le contrat d’achat final vous protège réellement contre les risques découverts lors de la vérification diligente.
Comment interroger le registre de la LSRP pour éviter d’acheter des actifs grevés ?
Lorsque vous achetez les actifs d’une entreprise, vous vous attendez à les recevoir libres de toute charge. Cependant, le vendeur peut avoir utilisé ces actifs — des fourgonnettes de livraison à l’équipement de fabrication en passant par les comptes clients — comme garantie pour obtenir un prêt. Ces réclamations, appelées sûretés ou privilèges, sont enregistrées publiquement dans un système appelé le registre de la Loi sur les sûretés mobilières (LSRP ou PPSA en anglais). Omettre de consulter ce registre revient à acheter une maison sans vérifier s’il existe une hypothèque sur le titre. Si vous achetez un actif grevé, le créancier du vendeur peut avoir le droit de saisir cet actif, même si vous avez payé le vendeur pour celui-ci.
Chaque province au Canada (sauf le Québec) maintient son propre registre de la LSRP. Le Québec dispose d’un système similaire appelé le Registre des droits personnels et réels mobiliers (RDPRM). Une vérification diligente approfondie nécessite d’interroger le registre approprié dans chaque province où le vendeur possède des actifs ou un établissement. Il s’agit d’un processus technique où la précision est primordiale. Une recherche utilisant un nom légal légèrement incorrect ou un numéro de série mal dactylographié peut produire un faux négatif, vous laissant exposé.
Le processus de recherche LSRP/RDPRM est une étape forensique critique pour vérifier la « chaîne de titres » des actifs tangibles. Elle doit être menée par votre avocat, mais en comprendre les étapes est crucial pour tout acheteur :
- Accédez au registre provincial approprié en ligne (ex. : onbis.ca pour l’Ontario, Service Alberta pour l’Alberta).
- Effectuez une recherche en utilisant le nom légal exact de la société et le numéro d’entreprise du vendeur.
- Pour l’équipement de grande valeur ou les véhicules, effectuez des recherches distinctes en utilisant leurs numéros d’identification de véhicule (NIV/VIN) ou numéros de série spécifiques.
- Au Québec, votre avocat doit effectuer une recherche dans le système RDPRM.
- Interprétez les résultats en identifiant soigneusement la partie garantie (le prêteur), la description de la garantie et la date d’enregistrement.
- Exigez que le vendeur fournisse des quittances (états de mainlevée) de tous les créanciers garantis, confirmant que les prêts ont été remboursés, comme condition de clôture.
Le paysage juridique évolue également constamment. Par exemple, un changement récent en Ontario, suite à la mise en œuvre de la Loi sur la protection des propriétaires le 6 juin 2024, a éliminé un type spécifique d’enregistrement pour les biens de consommation fixés à un bien immeuble. Cela souligne la nécessité d’avoir un avocat au fait de ces changements techniques pour garantir que votre recherche soit exhaustive et précise.
Points clés à retenir
- Adoptez un état d’esprit forensique : Votre objectif est de découvrir activement les passifs cachés, et non de réviser passivement les documents divulgués.
- Maîtrisez le labyrinthe juridictionnel : La vérification diligente canadienne exige de naviguer entre des cadres juridiques fédéraux et provinciaux distincts, de la fiscalité (ARC vs Revenu Québec) à la sûreté des actifs (LSRP vs RDPRM).
- Structurez pour la protection : Utilisez des outils tels que les retenues fiscales, une formulation contractuelle précise et des conseillers experts pour ériger un bouclier autour de votre investissement.
Comment choisir le bon avocat pour une transaction immobilière commerciale de 2 M$ à Toronto ?
Lorsqu’une acquisition d’entreprise comprend une composante immobilière importante, comme une propriété commerciale de 2 millions de dollars à Toronto, votre vérification diligente double de complexité. Vous menez maintenant deux enquêtes parallèles : une sur les opérations de l’entreprise et une sur la propriété physique. Cela nécessite un avocat qui n’est pas seulement un avocat en droit des affaires, mais un spécialiste ayant une expertise approfondie des nuances de l’immobilier commercial dans cette municipalité spécifique. Un généraliste ne suffira pas. La ville de Toronto et la province de l’Ontario possèdent des couches de réglementation qui peuvent cacher des coûts et des restrictions énormes.
Le choix de votre conseiller juridique est la décision la plus importante que vous prendrez dans ce processus. Vous avez besoin d’un avocat qui maîtrise l’intersection de la Loi sur la protection de l’environnement de l’Ontario, des règlements de zonage de Toronto et du Code du bâtiment de l’Ontario. Il doit avoir l’expérience de l’examen des baux commerciaux, non seulement pour les montants des loyers, mais aussi pour les clauses qui pourraient avoir un impact sur l’acquisition de l’entreprise simultanée. Il doit savoir se coordonner parfaitement avec votre conseiller en F&A pour s’assurer que les deux parties de la transaction se clôturent en parfaite harmonie.
Étude de cas : Responsabilité environnementale dans une acquisition commerciale à Toronto
Un acheteur faisait l’acquisition d’une entreprise manufacturière qui incluait ses installations à Toronto. La vérification diligente standard comprenait une évaluation environnementale de site (ÉES) de phase I. Le rapport a révélé des preuves d’une contamination historique du sol provenant d’un usage industriel précédent datant de plusieurs décennies. En vertu de la stricte Loi sur la protection de l’environnement de l’Ontario, le propriétaire actuel (et par extension, le nouvel acheteur) pourrait être tenu responsable de millions de dollars en frais de décontamination. La transaction a failli s’effondrer. L’avocat expert en immobilier commercial de l’acheteur a toutefois pu négocier une indemnité complexe de la part du vendeur et structurer une police d’assurance environnementale, sauvant ainsi la transaction et protégeant l’acheteur contre un passif caché dévastateur.
Pour évaluer les avocats potentiels, vous devez poser des questions ciblées qui testent leur expérience spécifique sur le terrain. Leurs réponses révéleront s’ils sont de véritables spécialistes ou des généralistes dépassés. Votre entretien devrait inclure des questions telles que :
- Quel est votre processus d’examen des baux commerciaux dans le contexte d’un achat d’actifs d’entreprise ?
- Pouvez-vous décrire votre expérience avec les règlements d’urbanisme et de zonage de la ville de Toronto ?
- Comment gérez-vous la vérification des permis de construire spécifiques à Toronto et la conformité au Code du bâtiment de l’Ontario ?
- Quelle est votre approche des évaluations environnementales de site en vertu de la Loi sur la protection de l’environnement de l’Ontario ?
- Comment vérifiez-vous la conformité aux exigences municipales et identifiez-vous les servitudes restrictives sur un titre ?
En fin de compte, mener une vérification diligente juridique forensique est la forme la plus élevée de protection du capital. C’est un investissement dans la certitude. Pour sauvegarder votre avenir et garantir que l’entreprise que vous acquérez est un fondement de réussite, la prochaine étape logique est d’engager un avocat qualifié pour élaborer votre plan d’enquête sur mesure.