
En résumé :
- L’expédition d’alcool directement aux consommateurs reste bloquée par les monopoles provinciaux, un échec de l’Accord de libre-échange canadien (ALEC).
- Le succès ne consiste pas à attendre un changement politique, mais à maîtriser les détails frustrants des réglementations accessoires.
- Misez sur l’« arbitrage réglementaire » : exploitez les incohérences dans les règles fiscales (TPS/TVH), d’étiquetage et de logistique pour obtenir un avantage.
- Utilisez les parties fonctionnelles de l’ALEC, comme les règles sur les marchés publics (chapitre 5), comme un outil offensif pour contester les pratiques déloyales.
- Adoptez un état d’esprit tactique où une connaissance approfondie de la conformité devient votre principal avantage concurrentiel contre les barrières interprovinciales.
Soyons directs : vous, propriétaire d’une brasserie artisanale en Colombie-Britannique, souhaitez vendre votre produit directement à un client en Ontario, et le système est conçu pour vous faire échouer. Vous avez entendu parler de l’Accord de libre-échange canadien (ALEC) et de ses grandes promesses de supprimer ces barrières. Pourtant, vous voilà face à un mur de réglementations de monopoles provinciaux de l’alcool, de lois d’expédition archaïques et d’un niveau de friction bureaucratique qui ressemble moins à une économie moderne qu’à une reconstitution historique du Canada d’avant la Confédération.
Le conseil habituel est exaspérant d’inutilité : « Travaillez avec la LCBO », disent-ils, suggérant un processus qui réduit votre marge et votre contrôle. Ou pire, « La Cour suprême a décidé dans l’affaire *R. c. Comeau* que les provinces peuvent maintenir ces barrières ». C’est le discours conventionnel, un récit d’impuissance apprise qui ne sert que les acteurs en place et les gardiens provinciaux. C’est une histoire qui accepte la « tyrannie du patchwork » de dix ensembles de règles différents comme un fait immuable de la vie des entreprises canadiennes.
Mais et si c’était la mauvaise façon de voir les choses ? Et si la voie à suivre n’était pas un assaut frontal sur la question centrale des monopoles de l’alcool — une bataille perdue depuis des décennies — mais une série de manœuvres de flanc ? Cet article rejette le récit défaitiste. L’avantage stratégique ne réside pas dans l’attente d’un miracle politique, mais dans la maîtrise des règles incroyablement complexes et souvent contradictoires qui entourent le problème central. Il s’agit de transformer la conformité en arme et de trouver les failles du système — dans la mobilité de la main-d’œuvre, la perception des taxes, les lois sur l’étiquetage et les marchés publics — pour bâtir une entreprise véritablement nationale, une victoire tactique frustrante à la fois.
Ce guide disséquera l’anatomie des barrières au commerce intérieur du Canada, allant au-delà de la seule question de l’alcool pour révéler un modèle de protectionnisme. En comprenant toute l’ampleur du problème, du déplacement des travailleurs à la conception des emballages, vous pourrez élaborer une approche résiliente et stratégique de l’expansion nationale.
Sommaire : Déconstruire le labyrinthe du commerce intérieur canadien
- Métiers Sceau rouge : comment déplacer votre main-d’œuvre de la construction de l’Alberta vers la Nouvelle-Écosse ?
- TVH vs TPS/TVP : comment gérer la taxe de vente pour les ventes en ligne dans 10 provinces ?
- Le problème d’étiquetage des emballages qui empêche votre produit alimentaire d’être vendu au Québec ?
- Règles de cabotage : pourquoi vos camions américains ne peuvent pas déplacer de marchandises entre deux villes canadiennes ?
- Comment utiliser l’Accord de libre-échange canadien (ALEC) pour contester des marchés publics discriminatoires ?
- Pourquoi opérer au Québec nécessite-t-il une stratégie juridique distincte du reste du Canada ?
- Lois sur l’étiquetage : pourquoi votre emballage doit-il afficher les unités métriques en premier ?
- Comment lancer un produit Fintech conforme aux réglementations bancaires fédérales ?
Métiers Sceau rouge : comment déplacer votre main-d’œuvre de la construction de l’Alberta vers la Nouvelle-Écosse ?
Avant même d’expédier un produit, considérez la première barrière : le déplacement des personnes. Le défi du déploiement d’une main-d’œuvre qualifiée à travers le pays est un microcosme parfait du dysfonctionnement du commerce intérieur du Canada. Vous pourriez penser qu’une certification Sceau rouge crée une norme nationale, mais la réalité est un labyrinthe frustrant de compléments provinciaux et d’obstacles administratifs. C’est un cas classique de protectionnisme du travail déguisé en normes de sécurité régionales. Le problème est de taille ; les données de Statistique Canada révèlent que 26 % des compagnons certifiés dans les provinces de l’Atlantique ont fini par travailler ailleurs, principalement en Alberta, soulignant un flux de main-d’œuvre massif et inefficace dicté par des conditions économiques disparates et des frictions réglementaires.
L’approche tactique, cependant, n’est pas de combattre le principe mais de maîtriser le processus. Certaines provinces font des progrès timides. La Nouvelle-Écosse, par exemple, reconnaît désormais automatiquement les certifications Sceau rouge de l’Alberta, une tentative directe d’attirer des travailleurs qualifiés. La clé est de traiter chaque déplacement interprovincial comme un projet distinct avec une liste de contrôle. Vous devez vérifier non seulement la certification professionnelle, mais aussi les certificats de sécurité spécifiques à la province (comme la protection contre les chutes), vous désinscrire et vous réinscrire auprès des commissions provinciales des accidents du travail, et même calculer les ajustements au coût de la vie pour votre équipe. Il ne s’agit pas d’un passeport national unique ; il s’agit de collecter méticuleusement dix visas différents.
Cette approche granulaire axée sur les processus a fait ses preuves. L’Office to Advance Women Apprentices (OAWA) a navigué avec succès dans ces eaux, soutenant plus de 4 000 femmes dans les métiers spécialisés à travers le pays. En se concentrant sur les étapes spécifiques et pratiques nécessaires à la mobilité interprovincial, elles démontrent que même au sein d’un système défaillant, des stratégies ciblées peuvent créer des voies vers le succès. C’est une leçon : ne pas attendre que le système se répare de lui-même, mais construire les outils pour naviguer tel qu’il est.
TVH vs TPS/TVP : comment gérer la taxe de vente pour les ventes en ligne dans 10 provinces ?
Si le déplacement de personnes est complexe, la vente de marchandises en ligne à un public national est un exercice de masochisme fiscal. En tant que brasserie basée en Colombie-Britannique, vendre en Ontario signifie quitter le monde familier de la TPS + TVP pour entrer dans le royaume de la taxe de vente harmonisée (TVH). Maintenant, étendez cela aux dix provinces, et vous gérez un portefeuille de quatre systèmes fiscaux différents (TPS seulement, TPS + TVP, TVH et TPS + TVQ) avec des taux variables, des seuils d’inscription et des règles sur ce qui est taxable. Ce n’est pas seulement un fardeau administratif ; c’est une barrière stratégique à l’entrée qui protège les entreprises locales qui n’ont qu’un seul système à maîtriser. Cela tourne en dérision l’objectif de l’ALEC d’un marché intérieur sans couture.
Votre logiciel de comptabilité peut promettre la simplicité, mais la responsabilité ultime vous incombe. Les seuils d’inscription sont un champ de mines ; vous devez vous inscrire à la TPS/TVH après 30 000 $ de ventes nationales, mais la Colombie-Britannique exige l’inscription à la TVP après seulement 10 000 $, tandis que la Saskatchewan et le Manitoba n’ont aucun seuil pour leur TVP. Une province peut déclencher un fil conducteur qui vous oblige à adopter un régime de conformité totalement nouveau. Cette complexité décourage activement les petites entreprises de tester de nouveaux marchés provinciaux, étranglant ainsi la croissance avant même qu’elle ne commence.
Le tableau ci-dessous n’est pas seulement une donnée ; c’est une carte de la « tyrannie du patchwork ». Le maîtriser est votre première victoire tactique en commerce électronique. Cela implique de segmenter vos revenus par province, de suivre les différents seuils et de configurer votre plateforme de vente pour facturer le bon taux de « lieu de fourniture » pour chaque transaction. Ce n’est pas une configuration unique ; c’est un processus de surveillance constante, car les provinces peuvent changer leurs règles et leurs taux avec peu de préavis.
| Province | Régime fiscal | Taux total | Seuil d’inscription | Changements clés 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Ontario | TVH | 13 % | 30 000 $ | Aucun changement |
| Colombie-Britannique | TPS + TVP | 12 % (5 % + 7 %) | TPS : 30 000 $ TVP : 10 000 $ |
Taxe sur les logiciels étendue |
| Alberta | TPS seulement | 5 % | 30 000 $ | Pas de TVP |
| Québec | TPS + TVQ | 14,975 % | 30 000 $ | Règles sur les services numériques |
| Nouvelle-Écosse | TVH | 14 % (était 15 %) | 30 000 $ | Réduction au 1er avril 2025 |
| Saskatchewan | TPS + TVP | 11 % (5 % + 6 %) | Aucun seuil pour la TVP | Nouvelles pénalités oct. 2024 |
| Manitoba | TPS + TVP | 12 % (5 % + 7 %) | Aucun seuil pour la TVP | Règles pour les prestataires de services |
Le problème d’étiquetage des emballages qui empêche votre produit alimentaire d’être vendu au Québec ?
Vous avez donc navigué dans le dédale fiscal. Vient maintenant le gardien culturel et linguistique : le Québec. Les lois linguistiques de la province, en particulier la Charte de la langue française (Loi 101) et son récent renforcement par la Loi 96, créent une barrière redoutable en matière d’emballage et d’étiquetage. Il ne s’agit pas seulement d’avoir du français sur l’étiquette ; il s’agit de la prééminence de ce français. Pour de nombreuses marques nationales, cela signifie créer des emballages entièrement distincts pour une seule province, une entreprise coûteuse et inefficace qui n’a rien à voir avec la qualité du produit lui-même. C’est du protectionnisme, pur et simple, appliqué sous la bannière de la préservation culturelle.
La frustration réside dans le fait que les règles sont souvent interprétées à tort comme exigeant une refonte complète et coûteuse dès le premier jour. C’est là qu’intervient l’état d’esprit tactique. Vous n’avez pas besoin de vous engager dans un tirage massif de canettes ou de boîtes spécifiques au Québec juste pour tester le marché. La clé est de trouver une étape intermédiaire conforme et rentable.

C’est là qu’une stratégie intelligente et localisée devient essentielle. En comprenant les exigences spécifiques, vous pouvez développer des emballages qui sont à la fois conformes et économiquement viables, transformant un obstacle potentiel en une démonstration de savoir-faire commercial.
Étude de cas : L’approche du « sur-étiquetage stratégique » pour l’entrée sur le marché québécois
Plutôt que de remanier toute leur ligne d’emballage, les entreprises avisées qui pénètrent le marché québécois utilisent souvent une méthode appelée « sur-étiquetage stratégique ». Elles utilisent des autocollants ou des manchons de haute qualité, produits de manière professionnelle, qui contiennent le texte français entièrement conforme, lesquels sont ensuite appliqués sur leur emballage national standard. Cette approche est un moyen rentable de tester les produits et de prendre pied sur le marché québécois, en se conformant pleinement à la Charte de la langue française. Elle permet à une entreprise de valider la demande avant d’investir dans des refontes d’emballages permanentes et coûteuses, illustrant parfaitement comment une approche tactique et incrémentale peut surmonter une barrière apparemment insurmontable.
Règles de cabotage : pourquoi vos camions américains ne peuvent pas déplacer de marchandises entre deux villes canadiennes ?
L’insulte finale dans la chaîne logistique est souvent le cabotage. En tant qu’entreprise basée en Colombie-Britannique, vous pourriez avoir un partenaire logistique basé dans l’État de Washington qui vous offre un excellent tarif pour l’expédition à travers le continent. Vous pourriez supposer qu’il peut ramasser une palette à Vancouver et la déposer à Toronto. Vous auriez tort, et l’erreur pourrait coûter cher. Les règles de cabotage empêchent un transporteur basé à l’étranger de déplacer des marchandises entre deux points à l’intérieur du Canada. Cette règle protectionniste vous oblige soit à utiliser un transporteur canadien (souvent à un prix plus élevé), soit à vous engager dans un « transfert » complexe et souvent inefficace à la frontière.
Cette règle devient particulièrement venimeuse lors de l’expédition de produits réglementés comme l’alcool. Selon le mémorandum D3-1-3 de l’ASFC, les boissons enivrantes ne peuvent être déplacées au pays que par des entités autorisées par la province, ajoutant une autre couche de surveillance réglementaire par-dessus les lois fédérales sur le cabotage. Il s’agit d’une mesure délibérée visant à maintenir le marché du transport intérieur à l’abri de la concurrence étrangère, et pour un petit producteur, cela signifie plus de coûts, plus de complexité et plus de risques de retards.
Cependant, même ici, il y a de la place pour l’« arbitrage réglementaire ». La clé réside dans la manière dont une expédition est structurée. Un camion américain peut déplacer des marchandises de Toronto à Montréal si ce mouvement est « accessoire » à un transport international continu (par exemple, un transport qui a commencé à Buffalo et qui est ultimement destiné à l’Europe). Les experts en logistique de sociétés comme Canada Cross Border Freight ont bâti des modèles d’affaires entiers sur la structuration de ces itinéraires « hybrides ». Par exemple, le géant UPS est un partenaire officiel pour l’expédition d’alcool, mais même lui ne peut livrer que dans cinq provinces (AB, BC, QC, MB, ON), chacune avec ses propres exigences uniques. Le coup tactique consiste à travailler avec un partenaire logistique qui ne voit pas seulement la règle, mais voit les exceptions et peut construire un itinéraire conforme qui exploite légalement et efficacement les actifs américains et canadiens.
Comment utiliser l’Accord de libre-échange canadien (ALEC) pour contester des marchés publics discriminatoires ?
Après avoir pataugé dans le marécage des barrières que l’ALEC n’a pas réussi à éliminer, il est facile de rejeter l’accord comme étant inutile. C’est une erreur stratégique. Bien que l’ALEC ait été un échec spectaculaire sur les questions de consommation de haut profil comme l’alcool, il a de réels crocs dans d’autres domaines moins visibles — spécifiquement les marchés publics (chapitre 5). C’est là que vous pouvez passer d’une posture défensive axée sur la conformité à une posture offensive. Les gouvernements comptent parmi les plus gros acheteurs de biens et de services, et l’ALEC stipule qu’ils ne peuvent pas discriminer les fournisseurs des autres provinces. C’est votre outil pour riposter.
La stratégie de la « conformité comme offensive » consiste ici à scruter activement les appels d’offres publics pour y déceler un langage discriminatoire. Les clauses spécifiant une « préférence pour les fournisseurs locaux », les exigences d’avoir un bureau physique dans la province ou les critères d’évaluation manifestement adaptés à un acteur local spécifique sont autant de violations potentielles de l’ALEC. Les efforts provinciaux pour réduire les barrières commerciales montrent que des progrès sont possibles ; l’Alberta, par exemple, a supprimé unilatéralement 80 % de ses exceptions à l’ALEC en 2019, y compris toutes ses exceptions en matière de marchés publics. Cela montre une intolérance croissante pour ce genre de protectionnisme, du moins sur le papier.
Contester un appel d’offres n’est pas un processus simple, mais c’est un processus défini. Cela nécessite une documentation méticuleuse, une plainte formelle et une référence claire aux dispositions de l’ALEC que vous estimez avoir été violées. La puissance de cette stratégie est décuplée lorsque vous « cumulez » les accords — en s’appuyant sur l’ALEC aux côtés d’autres pactes comme le Partenariat commercial du Nouveau-Ouest ou des accords internationaux (AECG, PTPGP) pour bâtir un dossier irréfutable. L’objectif n’est pas toujours de remporter le contrat, mais de forcer un nouvel appel d’offres, établissant votre réputation de concurrent qui connaît les règles et ne se laissera pas injustement exclure.

Votre guide de contestation des marchés publics selon l’ALEC : une liste de contrôle tactique
- Identifiez le langage discriminatoire : Épluchez les documents d’appel d’offres à la recherche de phrases telles que « préférence pour les fournisseurs locaux », « expérience dans la province » ou des exigences géographiques qui ne sont pas essentielles au travail.
- Documentez tout : Conservez tous les documents d’appel d’offres, consignez toutes les communications avec l’entité acheteuse et rassemblez toutes les informations disponibles sur la manière dont le contrat a été attribué à un concurrent.
- Référez-vous au règlement : Fondez votre dossier sur le chapitre 5 de l’ALEC. Notez que des dizaines d’exceptions ont été supprimées, renforçant votre position contre les mesures protectionnistes obsolètes.
- Déposez une plainte formelle : Soumettez vos preuves documentées à l’autorité compétente en matière de marchés publics, qu’elle soit provinciale ou fédérale. Soyez professionnel, factuel et ferme.
- Cumulez vos accords : Étayez votre plainte relative à l’ALEC en mentionnant les obligations chevauchantes d’autres accords auxquels vous pourriez être admissible, tels que le Partenariat commercial du Nouveau-Ouest, l’AECG ou le PTPGP, pour un effet de levier maximal.
Pourquoi opérer au Québec nécessite-t-il une stratégie juridique distincte du reste du Canada ?
La frustration liée aux règles distinctes du Québec en matière d’étiquetage et de langue n’est pas un accident ; c’est le symptôme superficiel d’une réalité juridique et culturelle beaucoup plus profonde. Pour opérer efficacement au Canada, il faut accepter qu’il ne s’agit pas d’un seul marché juridique, mais de deux : les neuf provinces de common law et le Québec, qui fonctionne sous une tradition de droit civil dérivée de la France. Cette différence fondamentale influence tout, de la négociation des contrats à la protection des consommateurs et aux réglementations professionnelles. Ignorer cela n’est pas seulement naïf, c’est une recette pour l’échec commercial.
La Cour suprême du Canada elle-même a donné sa bénédiction à cette divergence dans l’affaire historique *R. c. Comeau*, déclarant :
La fédération canadienne donne à chaque province la latitude nécessaire pour réglementer l’économie d’une manière qui tient compte des préoccupations locales.
– Cour suprême du Canada, Jugement de l’affaire R. c. Comeau
Cette seule phrase est le fondement judiciaire de la « tyrannie du patchwork ». Au Québec, cela se traduit par des défis commerciaux concrets. Par exemple, son Code civil impose une obligation large et implicite de « bonne foi » dans tous les contrats, un concept beaucoup plus vaste que dans les provinces de common law. Ses lois sur la protection des consommateurs sont réputées pour leur robustesse, avec des obligations de garantie strictes. En outre, de puissants ordres professionnels, comme l’Ordre des ingénieurs, peuvent créer d’importantes barrières à l’entrée pour les professionnels d’autres provinces, même avec les dispositions de l’ALEC sur la mobilité de la main-d’œuvre. Pour de nombreuses industries réglementées, réussir à opérer au Québec exige plus qu’un site Web bilingue ; cela nécessite une présence physique locale, un administrateur désigné ou un partenariat étroit avec une firme basée au Québec. C’est un marché distinct qui exige sa propre stratégie, son propre budget et ses propres conseillers juridiques.
Lois sur l’étiquetage : pourquoi votre emballage doit-il afficher les unités métriques en premier ?
Parmi les grandes barrières complexes de la fiscalité et du droit, il y a les réglementations apparemment mineures qui peuvent être tout aussi exaspérantes. Un exemple parfait est la Loi sur l’emballage et l’étiquetage des produits de consommation, qui exige que pour la plupart des produits, la quantité nette soit déclarée en unités métriques. Si vous choisissez d’inclure des unités impériales (comme les onces liquides pour vos canettes de bière), elles ne doivent pas être plus proéminentes que la déclaration métrique. Ceci est souvent interprété à tort comme le simple fait de devoir faire figurer le système métrique sur l’étiquette ; c’est la hiérarchie qui compte. Pour une entreprise de Colombie-Britannique, qui a les yeux rivés sur le marché massif des États-Unis juste à côté, cela crée une friction immédiate. La loi américaine exige les unités impériales, créant un dilemme : créer deux étiquettes différentes, ou concevoir une seule étiquette conforme pour les deux pays.
Ce n’est pas seulement une préférence de design ; cela a des conséquences concrètes. L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) applique ces règles à la frontière. LCS Logistics explique que les importateurs commerciaux d’alcool doivent respecter une multitude de normes, y compris le texte bilingue et la prééminence des unités métriques, pour éviter que leurs expéditions ne soient refusées. Un simple oubli d’étiquetage peut mener à un cauchemar logistique coûteux, votre produit restant bloqué dans un entrepôt.
La solution tactique est de concevoir dès le départ pour le plus petit dénominateur commun le plus strict. Une étiquette à « double conformité » qui présente les unités métriques en premier ou de manière plus proéminente, tout en affichant clairement les unités impériales pour le marché américain, est la seule voie efficace. Cela nécessite une stratégie de design qui traite la conformité réglementaire non pas comme une dernière case à cocher, mais comme un élément central de la stratégie de mise en marché du produit. C’est un autre exemple où la connaissance approfondie d’une règle apparemment mineure offre un avantage opérationnel significatif, prévenant des erreurs coûteuses et assurant un flux transfrontalier fluide.
Points clés à retenir
- L’ALEC n’a pas réussi à créer un véritable marché unique, en particulier pour les produits réglementés comme l’alcool, en raison de pouvoirs provinciaux solidement ancrés.
- Une stratégie nationale réussie exige de passer d’un lobbying pour un changement au niveau macro à la maîtrise des détails réglementaires au niveau micro à travers les provinces.
- Considérer la conformité non pas comme un coût défensif mais comme une arme offensive (« la conformité comme offensive ») est la clé pour déjouer les barrières protectionnistes.
Comment lancer un produit Fintech conforme aux réglementations bancaires fédérales ?
Après ce tour d’horizon sombre du bourbier du commerce intérieur du Canada, il est facile de devenir cynique. Examinons donc une industrie qui a été confrontée à des obstacles réglementaires tout aussi existentiels et qui a trouvé un moyen d’innover : la technologie financière (Fintech). Les startups Fintech au Canada font face à une barrière monumentale — la Loi sur les banques, qui interdit pratiquement à toute entité d’accepter des dépôts sans une licence bancaire fédérale complète, coûtant plusieurs millions de dollars et prenant plusieurs années, délivrée par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF). Cela aurait dû arrêter l’industrie net. Ce ne fut pas le cas.
Au lieu de mener une bataille perdue d’avance pour devenir des banques, des Fintechs comme Wealthsimple et Koho ont exécuté une stratégie brillante d’« arbitrage réglementaire ». Elles ont structuré leurs produits pour *éviter* d’être classées comme institutions de dépôt. Elles l’ont fait en s’associant à des banques de l’annexe I et à des coopératives de crédit existantes, « louant » effectivement leurs licences réglementaires et leur infrastructure de conformité. Cette stratégie de « voie vers le partenariat » leur a permis d’accéder rapidement au marché, en se concentrant sur l’expérience utilisateur et l’innovation produit pendant que leur partenaire bancaire gérait le lourd fardeau réglementaire. Elles ont disséqué les règles, trouvé la ligne à ne pas franchir et construit tout leur modèle d’affaires juste avant cette ligne.
C’est la leçon ultime pour le propriétaire de brasserie artisanale frustré. Le secteur des Fintech n’a pas attendu que le gouvernement modernise la Loi sur les banques. Ils ont accepté la barrière comme un objet fixe et ont conçu un chemin pour la contourner. Ils ont transformé un obstacle réglementaire en un partenariat symbiotique. Pour le commerce de biens physiques, le parallèle pourrait être de s’associer à des agents agréés par la province, de créer des coentreprises ou de développer des stratégies d’exécution hyper-locales qui opèrent entièrement dans le cadre juridique de chaque silo provincial, aussi inefficace que cela puisse paraître. C’est une conclusion frustrante, mais pragmatique : si vous ne pouvez pas abattre le mur, vous trouvez la porte et vous payez le péage, mais vous le faites plus intelligemment et plus efficacement que quiconque.
Le point essentiel à retenir est que dans la lutte contre les barrières au commerce intérieur du Canada, attendre un sauveur politique est une stratégie perdante. L’ALEC n’est pas la clé qui déverrouillera le pays. L’avantage appartient au chef d’entreprise qui accepte à contrecœur la « tyrannie du patchwork » et décide de la maîtriser. Cela signifie connaître le code fiscal de la Saskatchewan, les lois sur l’étiquetage du Québec et les échappatoires logistiques à la frontière de l’Ontario mieux que vos concurrents. C’est une guerre frustrante, peu glorieuse et profondément tactique qui ne se gagne pas à Ottawa, mais dans les détails d’un tableur de conformité.