Publié le 11 mars 2024

Contrairement à la croyance selon laquelle vous devez prouver que votre travail était irréprochable, la défense contre une poursuite pour négligence professionnelle au Canada repose sur la démonstration que vos actions étaient « raisonnables » compte tenu des circonstances.

  • La norme juridique n’est pas la perfection, mais la conduite d’un professionnel raisonnablement compétent dans une situation similaire.
  • Les vulnérabilités critiques résident souvent non pas dans votre travail, mais dans les petits caractères de votre assurance E&O et les attentes tacites de votre relation client.

Recommandation : Ne vous concentrez plus sur la défense de la perfection de votre travail, mais sur la documentation du caractère raisonnable de votre processus et sur la gestion proactive des mécanismes contractuels et d’assurance.

Recevoir une déclaration de sinistre (Statement of Claim) alléguant une négligence professionnelle peut être une expérience étourdissante, surtout lorsque vous êtes convaincu d’avoir suivi toutes les procédures standard. Pour les comptables, architectes et consultants diligents à travers le Canada, cela ressemble à une trahison de votre intégrité professionnelle. L’hypothèse immédiate est que vous devez maintenant vous lancer dans une quête exhaustive et coûteuse pour prouver que votre travail était absolument parfait. C’est une idée fausse courante et coûteuse.

Le système juridique canadien ne vous impose pas une norme de perfection. Au lieu de cela, il mesure votre conduite par rapport à un critère plus nuancé : le « professionnel raisonnable ». Cependant, une défense solide implique plus que le simple respect de cette norme. Elle nécessite une compréhension sophistiquée des cadres juridiques et, surtout, de l’assurance qui régissent votre pratique. De nombreux dossiers solides sont affaiblis non pas par la qualité du travail effectué, mais par des détails négligés dans une police d’assurance, une portée de travail mal définie ou une relation commerciale qui s’est transformée involontairement en autre chose.

Cet article va au-delà du conseil générique de « tout documenter ». Nous disséquerons les doctrines juridiques spécifiques et les mécanismes d’assurance qui sont essentiels dans une défense pour négligence professionnelle au Canada. Nous explorerons pourquoi le choix de votre assureur importe énormément, comment empêcher la « dérive de la portée » (scope creep) de vous exposer à des responsabilités non tarifées, et ce que signifie la distinction critique entre une infraction réglementaire et un acte criminel pour votre couverture. Voici votre guide pour bâtir une défense robuste et intelligente en vous concentrant sur les domaines qui comptent vraiment devant les tribunaux.

Ce guide complet détaille les principes juridiques et d’assurance clés qui forment la base d’une défense solide en matière de négligence professionnelle au Canada. Voici un résumé des domaines stratégiques que nous aborderons pour vous aider à protéger votre pratique et votre réputation.

Le test du « professionnel raisonnable » : Pourquoi n’avez-vous pas besoin d’être parfait pour éviter la responsabilité ?

La pierre angulaire de toute défense pour négligence professionnelle est la « norme de diligence ». Une crainte commune est que toute erreur ou résultat sous-optimal constitue automatiquement une négligence. C’est inexact. Les tribunaux canadiens n’exigent pas la perfection ; ils appliquent le test du « professionnel raisonnable ». Cette norme évalue si votre conduite était conforme à celle d’un professionnel raisonnablement compétent et diligent dans le même domaine et dans des circonstances similaires.

Cela signifie qu’une « erreur de jugement » n’est pas nécessairement une négligence, à condition qu’il s’agisse d’un choix qu’un pair raisonnable aurait également pu faire compte tenu des informations disponibles à ce moment-là. L’accent est mis sur le processus, pas seulement sur le résultat. Avez-vous recueilli les informations nécessaires ? Avez-vous appliqué les principes reconnus de votre profession ? Avez-vous agi de bonne foi selon les instructions de votre client ?

Un exemple flagrant de ce principe en action est l’affaire de la Cour supérieure de l’Ontario, Waters v. Furlong et al. Dans cette décision de 2023, la cour n’a pas demandé si l’avocat avait obtenu un résultat parfait pour son client. Au lieu de cela, elle a précisé que la norme de diligence est celle d’un avocat raisonnablement compétent dans des circonstances similaires, notant explicitement que les « circonstances » incluent la nature des instructions du client. Cela montre que le contexte est primordial. Une défense consiste donc souvent à démontrer que vos actions, même si elles ont mené à un résultat indésirable, étaient cohérentes avec les pratiques acceptées et le jugement professionnel de vos pairs.

Votre défense doit s’appuyer sur des preuves démontrant que vous avez respecté cette norme. Cela inclut vos notes, vos communications, le respect des codes de déontologie de l’industrie et, potentiellement, le témoignage d’un expert de votre domaine confirmant que votre approche était raisonnable. Vous ne vous défendez pas contre une accusation d’être faillible ; vous démontrez que vous étiez professionnellement compétent.

« Claims-Made » vs « Occurrence » : Pourquoi changer d’assureur E&O peut vous laisser sans couverture ?

Bien que votre conduite professionnelle soit centrale, votre police d’assurance erreurs et omissions (E&O) est votre bouclier financier. Cependant, une mauvaise compréhension de ses mécanismes peut vous laisser dangereusement exposé. La distinction la plus importante à saisir est celle entre les polices de type « claims-made » (basées sur la réclamation) et « occurrence » (basées sur les faits dommageables). La grande majorité des polices de responsabilité professionnelle au Canada sont de type claims-made.

Une police « occurrence » vous couvre pour un acte de négligence qui *survient* pendant la période de la police, quel que soit le moment où la réclamation est déposée. En revanche, une police « claims-made » ne couvre que les réclamations qui sont *faites et signalées* pendant la période de la police. Cela crée un vide potentiel de couverture si vous changez d’assureur. Si une erreur a été commise en 2022 alors que vous étiez chez l’Assureur A, mais que la réclamation est déposée en 2024 alors que vous êtes chez l’Assureur B, votre nouvelle police avec l’Assureur B ne la couvrira pas, à moins que vous n’ayez une couverture pour « actes antérieurs » remontant à 2022.

Ceci est géré par une « date rétroactive », qui est la date à laquelle votre couverture continue a commencé. Lorsque vous changez d’assureur, il est absolument essentiel que votre nouvelle police respecte la date rétroactive originale de votre toute première police claims-made. Si votre nouvel assureur fixe la date rétroactive au début de sa police, vous avez effectivement créé un vide de couverture pour tout votre travail précédent. Pour couvrir ce vide lors de la retraite ou d’un changement de carrière, vous devez souscrire une « garantie subséquente » (tail coverage), une période de déclaration prolongée qui vous permet de signaler des réclamations après l’expiration de votre police.

Le tableau suivant, basé sur les informations d’assureurs canadiens de premier plan comme les ressources de responsabilité professionnelle de Travelers Canada, détaille les principales différences :

Couverture Claims-Made vs Occurrence : Différences Clés
Caractéristique Police Claims-Made Police Occurrence
Déclencheur de couverture Réclamation faite pendant la police L’incident survient pendant la police
Couverture des actes antérieurs Nécessite une date rétroactive Non applicable
Besoin de garantie subséquente Essentiel lors d’un changement ou retraite Non requis
Structure des primes Généralement plus basse au début, augmente avec le temps Plus élevée mais plus stable
Professional reviewing insurance timeline documents at desk

Ne pas gérer votre date rétroactive ou ne pas sécuriser une garantie subséquente peut être une erreur financière catastrophique. C’est un détail qui n’a rien à voir avec la qualité de votre travail, mais tout à voir avec la viabilité de votre défense. Demandez toujours à votre courtier de confirmer par écrit que votre date rétroactive est reportée lorsque vous changez de fournisseur.

Quand une relation commerciale devient-elle une relation fiduciaire (et pourquoi est-ce dangereux) ?

Tous les professionnels ont une « obligation de diligence » envers leurs clients. Cependant, dans certaines situations, cela peut s’intensifier en une obligation beaucoup plus lourde : une obligation fiduciaire. Lorsqu’une relation fiduciaire est établie, vous n’êtes plus seulement tenu d’être compétent ; vous êtes légalement tenu d’agir uniquement dans le meilleur intérêt de votre client, en subordonnant entièrement vos propres intérêts. Une violation de cette obligation est beaucoup plus grave qu’une simple négligence.

Une relation professionnel-client standard n’est pas automatiquement fiduciaire. Elle le devient lorsqu’un client place un niveau inhabituel de confiance en vous, et que vous avez le pouvoir d’affecter unilatéralement ses intérêts. Cette « dérive de l’obligation » se produit souvent de manière informelle et involontaire. Elle peut survenir si un client est particulièrement vulnérable, s’il vous cède tout pouvoir de décision ou si vous assumez des responsabilités dépassant largement le cadre initial de votre mandat, comme la gestion directe de ses fonds.

La Cour suprême du Canada a fourni des orientations à ce sujet. Dans l’affaire historique Hodgkinson v. Simms, la cour a établi le cadre permettant d’identifier ces relations. Comme l’a déclaré la cour :

Une relation fiduciaire existe lorsqu’une partie accepte d’agir au nom d’une autre personne ou dans son meilleur intérêt et, à ce titre, est en mesure d’affecter les intérêts de cette autre personne dans un sens juridique ou pratique.

– Cour suprême du Canada, Hodgkinson v. Simms, [1994] 3 S.C.R. 377

Le danger est que si un tribunal conclut à l’existence d’une obligation fiduciaire, vos actions seront examinées sous un angle beaucoup plus strict. La défense « j’ai fait ce qui était raisonnable » peut ne plus suffire si cette action n’était pas dans l’intérêt absolu du client. Pour éviter ce risque, il est crucial de maintenir des limites professionnelles claires. Soyez attentif aux signes avant-coureurs d’une relation fiduciaire émergente, tels que :

  • Le client fait preuve d’une vulnérabilité totale et d’une dépendance envers votre expertise pour toutes les décisions.
  • Vous commencez à exercer une discrétion unilatérale sur les affaires ou les investissements du client sans son approbation spécifique, cas par cas.
  • La relation s’étend au-delà des limites professionnelles normales vers une confiance et une dépendance personnelles.
  • Votre code de déontologie professionnel impose lui-même le devoir de faire passer l’intérêt du client en premier, ce qui peut être un indicateur fort pour le tribunal.

Le maintien d’une documentation claire, l’exigence de l’approbation du client pour les décisions clés et le respect strict de la portée des travaux sont vos meilleures défenses contre la création involontaire de cette obligation à haut risque.

L’erreur de « portée des travaux » qui expose les consultants à des responsabilités non tarifées ?

L’une des sources les plus courantes de réclamations pour négligence professionnelle est un différend sur la « portée des travaux » (SOW – Scope of Work). Cela se produit lorsque l’attente du client sur ce que vous deviez livrer diffère de votre propre compréhension. Un SOW vague, mal défini ou inexistant est une invitation ouverte à la « dérive de la portée », où des demandes informelles et des tâches supplémentaires étendent progressivement vos responsabilités au-delà des conditions convenues et, plus important encore, au-delà des risques que vous avez intégrés dans vos honoraires.

Lorsqu’un problème survient sur un projet, un client peut arguer que la question relevait de vos responsabilités, même si vous pensez qu’elle était hors de votre champ d’action. Sans un SOW clair définissant explicitement les limites de votre engagement, c’est votre parole contre la sienne. C’est une position de défense faible. Un SOW robuste est l’un de vos « garde-fous contractuels » les plus puissants.

Project scope expanding beyond original boundaries metaphor

Un SOW solide fait plus que lister des livrables. Il doit s’agir d’un document complet qui gère les attentes dès le départ. Les éléments clés incluent :

  • Détails inclus (In-Scope) : Une liste détaillée de toutes les tâches, livrables et services que vous fournirez.
  • Exclusions (Out-of-Scope) : Une déclaration explicite de ce que vous ne ferez *pas*. C’est souvent plus important que la liste des inclusions car cela ferme préventivement la porte aux malentendus.
  • Critères d’acceptation : Des critères objectifs qui définissent quand un livrable est considéré comme complet et accepté par le client.
  • Processus de gestion des changements : Une procédure formelle sur la manière dont les demandes de travaux supplémentaires seront traitées, documentées et facturées. Cela empêche les demandes informelles par courriel ou de vive voix de devenir des obligations présumées.

Si un client signe un livrable qui répond aux critères d’acceptation convenus, il lui devient beaucoup plus difficile de prétendre plus tard que le travail était négligent. Le SOW transforme la satisfaction subjective en une norme contractuelle objective. Il sert de preuve principale pour démontrer que vous avez rempli vos obligations telles que définies et convenues par les deux parties.

Pourquoi déclarer immédiatement une réclamation « potentielle » à votre assureur est crucial pour la couverture ?

Lorsque vous prenez conscience pour la première fois d’une erreur ou de l’insatisfaction d’un client, l’instinct naturel peut être d’essayer de régler le problème discrètement, en espérant qu’il disparaisse. C’est une impulsion dangereuse. Votre police E&O « claims-made » contient une condition stricte : vous devez informer votre assureur de toute réclamation, ou de toute circonstance qui pourrait raisonnablement donner lieu à une réclamation, dès que possible.

Le fait de ne pas fournir une notification rapide peut être un motif pour votre assureur de refuser la couverture, même pour une réclamation par ailleurs valide. Ce n’est pas une mince technicité ; c’est une violation fondamentale des conditions de votre police. La position de l’assureur est que la déclaration tardive nuit à sa capacité d’enquêter sur les faits, d’atténuer les dommages et de gérer la défense efficacement. Le moment de déclarer n’est pas lorsque vous recevez une déclaration de sinistre ; c’est lorsque vous recevez une lettre de plainte, une menace verbale de poursuite judiciaire, ou même lorsque vous découvrez vous-même une erreur significative.

Ce principe est illustré dans de nombreux cas de droit des assurances au Canada. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un cas de négligence professionnelle, la logique de Fine’s Flowers Ltd. v. General Accident Assurance Co. of Canada montre comment les tribunaux traitent les conditions de couverture. Dans cette affaire, une réclamation a été refusée sur la base de la formulation spécifique de ce qui était et n’était pas couvert. La même interprétation stricte s’applique aux clauses de déclaration. Si vous ne déclarez pas une « circonstance déclarable » et que cela devient plus tard une poursuite formelle, votre assureur peut soutenir qu’il n’a aucune obligation de vous défendre ou de payer les dommages.

Signaler un problème potentiel n’est pas un aveu de culpabilité. C’est une obligation contractuelle et une décision stratégique. Une déclaration précoce vous permet d’accéder aux ressources de l’assureur, y compris un conseiller juridique qui peut vous conseiller sur la manière de désamorcer la situation avant qu’elle ne devienne un véritable procès. Le risque de non-couverture pour défaut de déclaration l’emporte de loin sur tout avantage perçu de l’attente.

Peut-on limiter la responsabilité pour sa propre négligence grossière au Canada ?

Les contrats incluent souvent des clauses de « limitation de responsabilité » pour plafonner le montant des dommages qu’une partie peut réclamer à l’autre. Celles-ci sont généralement exécutoires dans les cas de négligence simple — une erreur honnête, un oubli ou un manquement à la norme de diligence. Cependant, le paysage juridique change radicalement lorsque la conduite en question est jugée comme étant une négligence grossière (faute lourde).

La négligence grossière n’est pas seulement une erreur plus importante ; elle est d’une nature différente. Elle implique une conduite qui montre un « écart marqué et substantiel » par rapport à la norme d’un professionnel raisonnable, au point de démontrer un mépris téméraire pour la sécurité ou les droits d’autrui. Elle implique une indifférence aux conséquences de ses actes. Bien que vous puissiez contractuellement limiter votre responsabilité pour une erreur honnête, l’ordre public canadien empêche généralement une partie d’exclure sa responsabilité pour sa propre négligence grossière.

La Cour suprême du Canada, dans des affaires comme Tercon Contractors Ltd. v. British Columbia, a affirmé que même si un contrat contient une clause d’exclusion claire, elle peut ne pas être appliquée s’il existe une raison d’ordre public prépondérante pour ne pas le faire. Protéger les parties contre les conséquences de leur propre comportement téméraire ou inadmissible en est une. Le tableau suivant souligne les distinctions clés :

Négligence Simple vs Grossière en Droit Canadien
Aspect Négligence Simple Négligence Grossière
Définition Manquement à la norme raisonnable de diligence (ex: erreur honnête). Un écart marqué par rapport à la norme, montrant un mépris téméraire.
Limitation de responsabilité Peut généralement être limitée ou exclue par une clause contractuelle claire. Ne peut généralement pas être exclue par contrat pour des raisons d’ordre public.
Couverture d’assurance Généralement couverte par les polices E&O. Peut être spécifiquement exclue et pourrait annuler la couverture.

Pour un professionnel faisant face à une réclamation, cette distinction est critique. Si votre conduite est jugée comme une négligence simple, une clause de limitation de responsabilité bien rédigée dans votre contrat client pourrait être votre défense la plus efficace, plafonnant votre exposition financière. Cependant, si le demandeur parvient à argumenter que vos actions constituaient une négligence grossière, cette protection contractuelle sera probablement rendue caduque par le tribunal, et votre couverture d’assurance pourrait également être compromise.

Infraction réglementaire vs acte criminel : Pourquoi la distinction importe-t-elle pour votre couverture d’assurance ?

Toutes les fautes ne sont pas traitées de la même manière par la loi ou par votre assureur. Il est vital de distinguer une infraction réglementaire d’un acte criminel. Une infraction réglementaire est une violation d’une loi provinciale ou fédérale régissant votre profession (par exemple, les règles établies par CPA Canada ou une association provinciale d’ingénieurs). Bien qu’elle puisse entraîner des mesures disciplinaires, des amendes ou une suspension de permis, elle n’est pas considérée comme un véritable crime.

Un acte criminel, tel qu’une négligence criminelle ou une fraude, est beaucoup plus grave. Il oblige la Couronne à prouver non seulement que vous avez commis un acte interdit (actus reus), mais aussi que vous aviez une intention coupable ou un état d’esprit fautif (mens rea). La barre pour prouver la négligence criminelle est extrêmement haute, exigeant une conduite qui montre un « mépris insouciant ou téméraire pour la vie ou la sécurité d’autrui ».

Cette distinction est capitale pour votre couverture d’assurance. La plupart des polices E&O sont conçues pour couvrir les réclamations découlant de la négligence professionnelle. Elles peuvent également couvrir certains frais de défense lors d’une procédure réglementaire. Cependant, pratiquement toutes les polices d’assurance contiennent une exclusion pour les actes jugés de nature criminelle. Si vous êtes reconnu coupable d’une infraction criminelle liée à vos services professionnels, votre assureur refusera presque certainement de couvrir les dommages ou les frais juridiques associés.

Balance scale showing distinction between regulatory and criminal matters

L’affaire R. v. C.T., bien que traitant des devoirs parentaux, illustre comment la Cour suprême du Canada analyse l’élément mental requis pour la négligence criminelle. La cour a examiné si les accusés, qui avaient choisi la prière plutôt qu’un traitement médical, possédaient l’intention criminelle requise, démontrant le seuil élevé que la Couronne doit atteindre. Pour un professionnel, un demandeur devrait prouver que votre conduite n’était pas seulement une erreur, mais tellement téméraire qu’elle mérite une sanction criminelle.

Par conséquent, bien que faire face à une audience disciplinaire de votre ordre professionnel soit stressant et sérieux, il s’agit d’un risque fondamentalement différent (et plus assurable) que de faire face à une accusation de négligence criminelle. Votre stratégie de défense doit être adaptée en conséquence, et vous devez être transparent avec votre assureur sur la nature des procédures engagées contre vous.

Points clés à retenir

  • La norme juridique au Canada est le caractère « raisonnable », pas la perfection. Votre défense doit se concentrer sur la qualité de votre processus.
  • Comprenez votre assurance E&O de fond en comble, en particulier les mécanismes des polices « claims-made », les dates rétroactives et les devoirs de déclaration.
  • Utilisez votre contrat comme un bouclier. Une portée des travaux (SOW) claire avec des exclusions explicites est votre meilleure défense contre la « dérive de la portée » et les attentes changeantes.

How to Conduct a Pre-Litigation Assessment to Determine if Suing is ROI Positive?

Dans le feu d’un différend, les émotions sont fortes. Mais une défense réussie est une décision commerciale, pas une question de principe. Avant de s’engager dans un litige prolongé, il est essentiel de mener une analyse coûts-avantages lucide. Défendre une réclamation, même avec succès, est un processus coûteux et chronophage. Vous devez déterminer si le coût potentiel de la bataille l’emporte sur le coût d’un règlement potentiel.

Votre analyse doit aller au-delà des simples dommages potentiels. Au Canada, même si vous gagnez le procès, il est peu probable que vous récupériez 100 % de vos frais juridiques. Les tribunaux accordent généralement des dépens d’« indemnisation partielle », qui ne couvrent que 40 à 60 % de vos dépenses réelles. Cela signifie que vous aurez des frais remboursables importants, quel que soit le résultat. Vous devez également tenir compte de votre franchise d’assurance, de vos obligations de coassurance et de la valeur immense de votre propre temps passé loin de votre entreprise pour aider à la défense.

De plus, considérez l’impact sur votre réputation. Bien qu’un règlement puisse inclure une clause de « non-aveu de responsabilité », une bataille judiciaire publique peut nuire à votre marque sur le marché canadien. C’est un calcul stratégique. Bien que les primes d’assurance E&O typiques au Canada pour une petite entreprise puissent sembler gérables, les coûts associés à une réclamation peuvent grimper rapidement. Selon certains courtiers, les primes d’assurance E&O au Canada peuvent varier de 500 $ à 1 500 $ par an pour les petites exploitations, mais cela est dérisoire par rapport aux coûts potentiels d’un litige.

Une évaluation pré-litige approfondie vous force à passer d’une réaction émotionnelle à une réaction stratégique, en vous concentrant sur le retour sur investissement (ROI) d’une bataille juridique.

Votre liste de contrôle du RCI pré-litige

  1. Frais juridiques : Calculez les honoraires d’avocat estimés et les coûts des témoins experts spécifiques à votre province, en supposant à la fois un règlement rapide et un procès complet.
  2. Obligations d’assurance : Faites le compte de votre franchise d’assurance et de tous les paiements de coassurance dont vous êtes responsable en vertu de votre police E&O.
  3. Perturbation des activités : Quantifiez le coût de votre temps et de celui de vos employés clés détournés des activités génératrices de revenus vers les tâches liées au litige (ex: interrogatoires au préalable, réunions, préparation du procès).
  4. Risque de réputation : Évaluez les dommages potentiels à votre réputation professionnelle sur le marché canadien d’une poursuite publique par rapport à un règlement confidentiel.
  5. MARC et médiation : Tenez compte des coûts et des avantages potentiels de la médiation obligatoire (comme requis dans des juridictions comme l’Ontario) et d’autres options de modes alternatifs de résolution des conflits (MARC).

Prendre une décision basée sur des données, et non sur l’émotion, est l’étape finale et la plus critique. Cette analyse vous aidera, vous et votre avocat, à décider s’il faut se battre, régler ou poursuivre une résolution alternative, garantissant ainsi que vous protégez la santé financière à long terme de votre pratique.

En fin de compte, naviguer dans une réclamation pour négligence professionnelle nécessite un mélange de connaissances juridiques, de flair en assurance et de pragmatisme commercial. En comprenant ces principes fondamentaux, vous pouvez passer d’une posture défensive à une posture stratégique, protégeant non seulement vos actifs, mais aussi votre avenir professionnel. Pour vous assurer d’avoir les bonnes protections en place, un examen approfondi de votre police E&O actuelle et de vos contrats clients avec un conseiller juridique est l’étape logique suivante.

Foire aux questions sur les réclamations pour négligence professionnelle

Qu’est-ce qui constitue une « circonstance déclarable » pour l’assurance E&O ?

Tout événement qui pourrait raisonnablement donner lieu à une réclamation. Cela inclut non seulement les menaces juridiques formelles, mais aussi les plaintes importantes de clients, la découverte d’une erreur majeure dans les services professionnels fournis ou toute expression claire d’insatisfaction suggérant une demande de dommages-intérêts, même si aucune réclamation formelle n’a encore été déposée.

Le fait de signaler un problème potentiel augmentera-t-il mes primes ?

Signaler un « avis de circonstance » peut avoir un certain impact, mais il est généralement bien moindre que l’impact d’une réclamation réellement payée. Crucialement, le risque de voir l’intégralité de votre réclamation refusée pour défaut de déclaration est une menace financière bien plus grande qu’une éventuelle augmentation modeste de prime.

Quels sont les avantages d’une déclaration précoce au-delà de la couverture ?

La déclaration précoce est un avantage stratégique. Elle vous donne un accès immédiat au panel d’avocats et d’experts de votre assureur. Leur intervention précoce et leurs conseils peuvent souvent aider à désamorcer une situation tendue, à corriger une erreur ou à négocier une résolution avant qu’elle ne se transforme en un procès coûteux.

Rédigé par Rajinder Singh, Commercial Litigator and Dispute Resolution Counsel based in Vancouver. An expert in courtroom advocacy, contract enforcement, and navigating the Canadian judicial system for mid-market enterprises.